Pourquoi s'opposer au Mercosur ?

Pourquoi s'opposer au Mercosur ? Source: Gettyimages.ru
Pourquoi s'opposer au Mercosur ? [photo d'illustration]
Suivez RT en français surTelegram

Victime des directives bruxelloises, l'agriculture européenne, et en particulier celle de la France, souffre depuis des décennies. Selon le chroniqueur Jacques Frantz, le nouvel accord avec le Mercosur pourrait aggraver davantage la situation, mais il peut encore être annulé ou modifié tant qu'il existe une volonté politique.

Ce samedi, la présidente de la Commission européenne madame Ursula von der Leyen sera à Asuncion au Paraguay pour signer, au nom de l’Union Européenne, le traité de libre échange liant, en principe, les États-membres des deux organisations : l’UE et le MERCOSUR.

Rappelons que les clauses du traité soulèvent en France de très vives critiques. En France et ailleurs car, ce n’est un secret pour personne, l’agriculture européenne sera le grand perdant de la « nouvelle donne ». Les agriculteurs se sentent, à juste titre, sacrifiés sur l’autel de la mondialisation. Certains objecteront que, une fois n’est pas coutume, les dirigeants français, en s’opposant au mandat d’Ursula von der Leyen pour signer au nom des 27 le traité tant décrié, se sont tenus aux côtés de leur agriculture. La bonne blague. Le président Emmanuel Macron, qui, faut-il le rappeler, aura consacré l’essentiel de ses deux mandats à démanteler l’économie française au profit d’intérêts étrangers, n’a accepté de s’opposer que parce qu’il était certain que son opposition n’aurait aucun effet sur le résultat final, la France ne pouvant à elle seule réunir la majorité qualifiée nécessaire à un veto.

Pourquoi une telle opposition notamment en France ?

Pour comprendre, il faut avoir à l’esprit que le malaise agricole n’est pas nouveau. En France, en particulier, de par la topographie du pays, le modèle agricole conçu pour nourrir la population hexagonale s’est longtemps appuyé sur la polyculture. Ainsi, il n’était pas rare de trouver au sein d’une même exploitation agricole des productions de viande, de lait, de fruits et de céréales. Or il a été demandé, voire imposé aux agriculteurs, non plus de nourrir des populations, mais de nourrir l’industrie agroalimentaire. Ainsi, on s’est mis à produire du lait non pas pour les ménages mais pour les grands consortiums laitiers comme le français Lactalis ou l’italien Parmalat. Nous sommes ainsi passés d’une agriculture nourricière pour les hommes à une agriculture productiviste. Naturellement, l’objectif de ces immenses consortiums n’est pas de nourrir les gens mais de faire de l’argent, en achetant au meilleur marché possible et en revendant très cher en finalité.

Les agriculteurs européens ont eu beau s’adapter et, soit dit en passant, se surendetter pour s’adapter, rien n’y a fait : ils étaient, ils sont et ils seront toujours trop chers. Normal, dans une économie mondialisée s’appuyant sur un modèle qui consiste à vendre à des chômeurs des marchandises produites par des esclaves.

Comme si cela ne suffisait pas, les technocrates et les décideurs ont à l’abject ajouté la déloyauté. Côté européen, pour s’assurer que l’agriculture du vieux continent ne s’en sortirait pas, on lui a imposé, au nom de bons sentiments sanitaires et écologiques, des normes en dépit du bon sens. Par exemple, on a interdit pour des raisons sanitaires et environnementales l’emploi de certains pesticides, ce qui a pour effet de faire baisser les rendements et, par voie de conséquence, de renchérir la production. Pourquoi pas si c’est pour le bien commun. Mais parallèlement, on ouvre le marché européen à des marchandises produites avec des substances et des moyens interdits aux Européens. Où donc est le bon sens si, pour être consommé, un produit européen ne doit pas contenir telle substance, alors que le même produit sud-américain en contient ? Les pesticides sont-ils bons pour la santé quand ils se trouvent dans les produits argentins ?

La signature du traité engage-t-elle les États ?

Oui et non. Même si Ursula prétend le contraire, le traité ne peut s’appliquer qu’après ratification. Dans les États européens, ce n’est pas le traité à proprement parler qui s’applique, mais le droit européen qui en reprend les dispositions. Même si c’est très improbable, il suffirait que le Parlement européen refuse de ratifier le traité pour que celui-ci soit rendu caduque. De même, il suffirait que chaque État européen décide de recouvrer sa souveraineté totale en matière de traités pour que l’accord ne s’applique pas. En attendant, les parties de l’accord relevant exclusivement de la compétence de la Commission européenne non seulement pourraient se passer de la ratification de parlements nationaux, mais encore pourraient être rendues exécutoires dès la fin de la cérémonie de signature. Dans son hystérie mondialiste, la présidente de la Commission prétend que le traité s’applique avant toute ratification. Certains invoquent pour ce faire l’article 18 de la Convention de Vienne qui dispose que rien ne doit être entrepris contre le traité entre sa signature et sa ratification.

Dans tous les cas, certains États comme la France pourraient être conduits sous la pression des manifestations à porter l’affaire devant la Cour de Justice européenne qui devra statuer sur la nécessité ou non d’une ratification par chaque État avant application. Autrement dit, même s’il ne faut pas trop rêver, le subterfuge des eurocrates consistant à appliquer les clauses relevant de la compétence de Bruxelles sans ratification des États pourrait voler en éclat.

Macron l’hypocrite

Comme on l’a vu, Macron a donné quelques coups de menton, histoire de calmer la plèbe qu’il déteste. Cependant, la situation dans laquelle se trouve la France n’est que la conséquence des abandons successifs de souveraineté que Macron et le reste de la classe politique ont encouragé. Il faut donc une sacrée dose d’hypocrisie pour se lamenter en disant qu’on ne peut rien faire. C’est faux. Tout accord, même signé, est négociable, et cela vaut pour les traités européens. Et puis, il y a l’article 50 du Traité de Lisbonne qui prévoit la sortie d’un État de l’Union. Mais pour cela eût-il fallu aux syndicats d’agriculteurs un peu de courage politique.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Raconter l'actualité

Suivez RT en français surTelegram

En cliquant sur "Tout Accepter" vous consentez au traitement par ANO « TV-Novosti » de certaines données personnelles stockées sur votre terminal (telles que les adresses IP, les données de navigation, les données d'utilisation ou de géolocalisation ou bien encore les interactions avec les réseaux sociaux ainsi que les données nécessaires pour pouvoir utiliser les espaces commentaires de notre service). En cliquant sur "Tout Refuser", seuls les cookies/traceurs techniques (strictement limités au fonctionnement du site ou à la mesure d’audiences) seront déposés et lus sur votre terminal. "Tout Refuser" ne vous permet pas d’activer l’option commentaires de nos services. Pour activer l’option vous permettant de laisser des commentaires sur notre service, veuillez accepter le dépôt des cookies/traceurs « réseaux sociaux », soit en cliquant sur « Tout accepter », soit via la rubrique «Paramétrer vos choix». Le bandeau de couleur indique si le dépôt de cookies et la création de profils sont autorisés (vert) ou refusés (rouge). Vous pouvez modifier vos choix via la rubrique «Paramétrer vos choix». Réseaux sociaux Désactiver cette option empêchera les réseaux sociaux de suivre votre navigation sur notre site et ne permettra pas de laisser des commentaires.

OK

RT en français utilise des cookies pour exploiter et améliorer ses services.

Vous pouvez exprimer vos choix en cliquant sur «Tout accepter», «Tout refuser» , et/ou les modifier à tout moment via la rubrique «Paramétrer vos choix».

Pour en savoir plus sur vos droits et nos pratiques en matière de cookies, consultez notre «Politique de Confidentialité»

Tout AccepterTout refuserParamétrer vos choix