Essais nucléaires en Polynésie française : 30 ans après, un héritage toujours radioactif
© Getty ImagesTrente ans après la fin des essais nucléaires français en Polynésie, leurs conséquences sanitaires et environnementales restent lourdes. Menés pour assurer l’indépendance nucléaire de la France, ils ont exposé les populations locales à des risques majeurs. Malgré une reconnaissance tardive, les demandes de justice et de réparation demeurent vives.
Entre 1966 et 1996, la France a mené 193 essais nucléaires en Polynésie française, principalement sur les atolls de Mururoa et Fangataufa. À l’époque, Paris cherchait à garantir son indépendance stratégique et à s’imposer comme une puissance nucléaire autonome, dans un contexte de guerre froide et de rivalités internationales.
La Polynésie, territoire éloigné et sous administration française, a été choisie pour son isolement géographique et sa faible densité de population.
Contamination des sols
Trente ans après la fin des essais, leurs conséquences humaines, sanitaires et environnementales restent profondément sensibles. De nombreuses études ont mis en évidence une surexposition des populations locales aux retombées radioactives, notamment lors des essais atmosphériques menés jusqu’en 1974. Des cancers de la thyroïde, des leucémies et d’autres pathologies graves ont été recensés, touchant aussi bien les civils que les anciens travailleurs des sites nucléaires.
Sur le plan environnemental, les essais souterrains ont fragilisé les structures géologiques des atolls, provoquant fissures et risques d’effondrement. Des résidus radioactifs demeurent emprisonnés dans les sols et les lagons, alimentant les craintes d’une contamination à long terme des écosystèmes marins, essentiels à la subsistance des populations locales.
Longtemps, l’État français a minimisé l’ampleur des dégâts. Ce n’est que progressivement, sous la pression d’archives déclassifiées et de mobilisations locales, que la responsabilité de la France a été reconnue. Des mécanismes d’indemnisation ont été mis en place, mais ils sont jugés insuffisants et trop restrictifs par les victimes. Aujourd’hui encore, les essais nucléaires français constituent une blessure mémorielle et politique en Polynésie, symbole d’un passé colonial et d’un sacrifice imposé au nom de la raison d’État.