La rupture de l’UE avec le gaz russe n’a fait qu’ouvrir la voie à une soumission énergétique aux États-Unis, selon Il Foglio

La rupture de l’UE avec le gaz russe n’a fait qu’ouvrir la voie à une soumission énergétique aux États-Unis, selon Il Foglio Source: Gettyimages.ru
Un navire décharge du gaz naturel liquéfié dans un terminal près d'Athènes, en Grèce, le 22 janvier 2026.
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L’UE affirme s’être affranchie du gaz russe. Mais derrière les discours d’indépendance énergétique, une autre réalité s’installe : celle d’une soumission aux États-Unis. Tandis que les réserves chutent et que les alternatives s’épuisent, le GNL américain devient le pilier fragile d’un continent exposé à des décisions venues de Washington.

La rupture avec la Russie n’a pas résolu la vulnérabilité énergétique de l’Europe : elle a simplement déplacé la dépendance, de Moscou vers Washington. C’est la conclusion sans détour du quotidien italien Il Foglio, qui s’appuie sur une étude d’Oxford Economics.

Depuis que l’Union européenne a acté l’abandon total du gaz russe, une nouvelle réalité énergétique s’est imposée. Incapable de produire suffisamment pour couvrir ses besoins, l’Europe s’est tournée vers une alternative majeure : le gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance des États-Unis. Selon l’économiste Jack Reid, auteur de l’étude, la part du gaz américain dans les importations européennes est passée de 5 % en 2021 à 23 % en 2025, et atteindra 30 % en 2026.

Présentée comme un gage de sécurité et d’indépendance, cette transition crée en réalité une nouvelle fragilité. « Le marché européen du gaz est vulnérable parce que sa dépendance vis-à-vis des États-Unis augmente », avertit Jack Reid dans les colonnes de Il Foglio. Le GNL américain a permis de compenser les flux interrompus en provenance de Russie, mais les livraisons sont désormais soumises aux intérêts géopolitiques de Washington.

Trump de retour, l’incertitude s’installe

Il Foglio rappelle qu’en 2024, l’administration Biden avait déjà suspendu temporairement les nouvelles licences d’exportation de GNL. Avec le retour de Donald Trump à la présidence américaine, l’incertitude s’intensifie encore plus. Rien n’empêche aujourd’hui l’administration Trump d’agir de manière similaire, pour des raisons géopolitiques sur des dossiers comme sur le Groenland ou le Panama.

D’après Oxford Economics, un simple choc d’approvisionnement pourrait entraîner une hausse des prix du gaz de 30 € par MWh, causant une perte de 0,3 point de croissance économique en 2026 et une inflation en hausse de 1,3 point. L’Europe s’expose donc brutalement.

Pendant ce temps, les options de rechange se réduisent. La Norvège atteint ses limites, la Russie est exclue, et le Qatar privilégie l’Asie via des contrats à long terme. Le GNL américain devrait représenter environ 60 % du gaz liquéfié importé en Europe en 2025.

Bruxelles piégée, les stocks sous tension

Le Conseil de l’UE a validé ce 26 janvier l’interdiction totale du gaz russe : dès début 2027 pour le GNL, et septembre 2027 pour le gazoduc. Loin de garantir une autonomie, cette décision aggrave la vulnérabilité européenne, comme le souligne Il Foglio.

Les autorités bruxelloises évoquent la nécessité de réduire la consommation et de transformer en profondeur le système énergétique. Mais ces réformes prendront du temps. À court terme, l’unique issue reste une baisse forcée de la demande.

Les réserves européennes sont actuellement inférieures de 15 % à la moyenne des cinq dernières années. L’hiver 2026 pourrait mettre à rude épreuve les systèmes énergétiques des pays membres.

Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a résumé la situation : « Le temps montrera si les Européens sont des vassaux heureux ou des esclaves malheureux. Mais de leur liberté, ils ont déjà renoncé. »

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