Italie : un Français arrêté avec trois missiles militaires dans un port de Bari

Un contrôle au port italien de Bari a conduit à l'arrestation d'un chauffeur français arrivé de Grèce avec trois missiles Akeron dans son fourgon. Alors qu'il affirme effectuer un transport lié à des travaux de réparation, la justice italienne cherche à établir l'origine du chargement, sa destination réelle et si son acheminement était autorisé.
Un contrôle effectué au port de Bari, en Italie, a conduit les autorités italiennes à ouvrir une enquête sur un transport de matériel militaire, dont trois missiles découverts dans le véhicule d'un ressortissant français, rapporte Euronews le 25 août.
Régis Claude Albert Normand, 46 ans, a été contrôlé après avoir débarqué du Superfast II, un navire en provenance de Patras, grande ville portuaire de l'ouest de la Grèce, située dans le nord-ouest du Péloponnèse. Son fourgon, immatriculé en France, contenait cinq caisses conçues pour transporter des systèmes d'armes antichars.
L'une était vide. Une deuxième renfermait un missile d'entraînement inerte, c'est-à-dire dépourvu de système de guidage, de propulsion et de charge militaire. Les trois autres contenaient chacune un missile Akeron, système antichar guidé de cinquième génération développé par l'entreprise française MBDA du secteur de la défense. Selon l'évaluation technique réalisée dans le cadre de l'enquête et les informations recueillies jusqu'à présent, ces trois missiles sont des armes de guerre. La juge Valeria Isabella Valenzi du tribunal de Bari a ordonné le placement de Normand en détention provisoire.
Des documents jugés trop vagues
Lors du contrôle, Normand a présenté trois lettres de voiture internationales. Leur contenu était cependant trop vague pour permettre d'établir clairement la nature du chargement. Les contrôles supplémentaires ont alors conduit à la découverte et à l'examen des cinq caisses.
Des experts de l'armée italienne ont été chargés de déterminer la nature exacte des trois missiles. L'un des éléments ayant attiré l'attention concernait les bandes bleues visibles sur leurs tubes. Selon les normes de l'OTAN, cette couleur indique du matériel destiné à l'entraînement et dépourvu de composants explosifs. Les militaires italiens ont toutefois estimé que ces bandes ne semblaient pas faire partie du marquage d'origine. Il s'agirait d'un simple ruban adhésif bleu, susceptible d'être retiré facilement. Une fois ce ruban enlevé, un marquage jaune et noir serait apparu. Cette combinaison indique des munitions hautement explosives conçues pour produire un effet de pénétration.
Une livraison effectuée pour le compte de MBDA ?
Normand a expliqué aux autorités qu'il aurait dû transporter le matériel en Grèce pour le compte de MBDA France. D'après lui, les équipements auraient dû être remis à Altus LSA, l'entreprise à laquelle ils étaient destinés pour des travaux de réparation.
Ses avocats ont fourni à la justice des documents commerciaux et de voyage. Ils ont également présenté une autorisation délivrée en 2025 par le ministère français de la Défense à MBDA France pour des activités impliquant du matériel de guerre.
Ces documents n'ont cependant pas suffi à lever les interrogations de la juge. Celle-ci a relevé plusieurs anomalies, notamment des différences entre certains tampons ainsi que des incohérences dans les dates. La question des autorisations nécessaires en Italie reste également au centre de l'enquête. Selon la juge, les permis exigés par la législation italienne pour transporter du matériel militaire n'ont été présentés ni lors du contrôle au port de Bari ni par la suite devant les autorités judiciaires.
Le rôle de l'entreprise de transport sous examen
Normand a également déclaré travailler comme sous-traitant pour une entreprise française spécialisée dans le transport de marchandises militaires. Les enquêteurs se sont toutefois intéressés à la société de transport pour laquelle il travaille. Celle-ci est enregistrée au nom de son épouse et, selon les éléments recueillis jusqu'à présent, ne semble pas spécialisée dans ce type de transport.
L'enquête doit désormais établir l'origine des trois missiles, leur destination exacte et déterminer si leur transport avait été dûment autorisé. Les autorités italiennes devront ainsi reconstituer le parcours du chargement et vérifier dans quelles conditions ces trois armes de guerre ont été transportées.