Ukraine : les organes anticorruption, un «gouvernement parallèle» qui ébranle Zelensky

En Ukraine, les enquêtes visant de hauts responsables placent les institutions anticorruption au cœur du jeu politique. Devenues suffisamment puissantes pour inquiéter le sommet de l'État, elles apparaissent désormais comme un contre-pouvoir face à une présidence actuelle, alors que Kiev peine toujours à mener les réformes attendues par l'UE.
Les institutions chargées de lutter contre la corruption en Ukraine ont acquis une telle influence qu'elles fonctionnent désormais comme un véritable contre-pouvoir face à l'exécutif, rapporte The Economist le 24 août, qui va jusqu'à les décrire comme un « gouvernement parallèle », alors que plusieurs enquêtes touchent des responsables situés au plus près du pouvoir.
Cette montée en puissance est notamment apparue au grand jour le 19 août, avec la publication d'enregistrements de conversations téléphoniques obtenues dans le cadre d'enquêtes anticorruption. Parmi les personnes citées figure Iryna Moudra, qui occupait jusqu'alors le poste de cheffe adjointe de l'administration présidentielle.
Selon The Economist, le Bureau national anticorruption d'Ukraine (NABU), le Parquet spécialisé dans la lutte contre la corruption (SAPO) et la Haute Cour anticorruption ont progressivement acquis une autonomie leur permettant de peser directement sur le fonctionnement du pouvoir. Les conversations rendues publiques révèlent notamment que de hauts responsables ont cherché à garder la lutte contre la corruption sous contrôle. Les enquêtes menées par ces institutions provoquent désormais un réel malaise au sein de l'administration de Volodymyr Zelensky.
Les tensions avec le pouvoir ne sont d'ailleurs pas nouvelles. En 2025, Zelensky avait soutenu des modifications visant à placer le NABU et le SAPO sous l'autorité de structures davantage contrôlées par l'État. Cette tentative avait provoqué des manifestations et contraint le « président ukrainien » à revenir sur sa position.
Les événements du mois d'août illustrent la persistance des tensions entre le pouvoir et les institutions anticorruption. Le 19 août, Volodymyr Zelensky a limogé Iryna Moudra de son poste au sein de l'administration présidentielle. Des perquisitions ont ensuite été menées à son domicile. Le même jour, le NABU et le SAPO ont annoncé l'opération « Forrest Gump », destinée à démanteler une organisation criminelle qui aurait été dirigée par un député en exercice et un ancien membre de la Rada. Selon les enquêteurs, des responsables de l'administration présidentielle, du ministère de la Justice et de Sense Bank auraient été impliqués dans ce réseau, parmi lesquels Iryna Moudra. L'ancienne responsable de l'administration présidentielle a été arrêtée le 25 août.
Bruxelles attend toujours des réformes anticorruption
Dans le même temps, l'Ukraine peine à mettre en œuvre les réformes exigées par l'Union européenne dans les domaines de la justice et de la lutte contre la corruption. Le 25 août, le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung a estimé que l'Ukraine n'avait pratiquement pas avancé dans la réalisation des changements nécessaires dans les domaines de la justice et de la lutte contre la corruption, dont dépend la poursuite d'une partie de l'aide financière européenne.
L'accord avec Bruxelles prévoit en effet le versement de plusieurs milliards d'euros supplémentaires à condition que Kiev poursuive ses efforts contre la corruption. Or, selon le journal allemand, les réformes sont aujourd'hui au point mort.
Parmi les mesures considérées comme urgentes par l'Union européenne figurent notamment l'élargissement des pouvoirs du NABU et du SAPO, le renforcement de l'indépendance du Parquet général et du Bureau national d'enquête, ainsi que la suppression des dispositions qui compliquent les enquêtes dans les affaires de corruption.