Le non exprimé par les Islandais à la reprise des négociations avec l’Union européenne sonne le glas du projet «Union européenne». Selon Karine Bechet, si ce référendum ne changera pas grand-chose pour l’Islande, il provoque une crise existentielle en Europe.
Déjà en 2009, à la suite de la crise financière, l’Islande avait songé à rejoindre l’Union européenne. Mais dès que la situation économique s’est stabilisée, ce projet est tombé à l’eau en 2013. Aujourd’hui, dans la turbulence internationale, l’idée a été réactivée, principalement par les élites européennes atlantistes.
L’Union européenne a besoin de montrer qu’elle attire toujours. Et surtout qu’elle peut attirer un pays riche, doté d’institutions qui fonctionnent normalement. Car, pour l’instant, elle n’attire principalement que des pays en difficulté économique et politique, comme la Moldavie, l’Ukraine ou l’Albanie. Certains, comme la Turquie, presque éternelle candidate, y voient une porte ouverte à leur jeu géopolitique.
Autrement dit, l’Union européenne n’est plus un projet à contenu positif capable d’attirer des pays forts. C’est soit un moyen, pour les Atlantistes, d’avancer dans l’espace post-soviétique grâce à des élites locales totalement corrompues, soit une plateforme régionale de l’Atlantisme.
Et la réponse de l’Islande a rappelé cette réalité : l’Union européenne fait plus peur qu’elle n’attire ; elle n’arrive plus à convaincre. L’illusion est tombée. Elle était déjà en chute ; désormais, elle est enterrée à Kiev.
Les Islandais ne s’y sont pas trompés. Au total, 82,5 % des électeurs ont participé au référendum, ce qui montre bien que les citoyens avaient conscience des enjeux de la question posée. Quelque 52,8 % se sont prononcés contre la reprise des négociations avec l’Union sur l’intégration de l’Islande, contre 47,2 % en faveur du oui.
Seulement deux districts du centre de la capitale de Reykjavik, sur les six circonscriptions électorales, ont majoritairement voté pour. Or le pays est doté d’une population surtout rurale, qui vit de la pêche, qui a une identité propre forte. Rappelons que les revenus de la pêche représentent 6,5 % du PIB du pays et des milliers d’emplois.
Et justement, les partisans du non ciblaient les risques pour la pêche nationale et pour l’identité culturelle. À l’inverse, les partisans du oui prêchaient pour une plus grande stabilité financière, face à une monnaie qui peut chahuter, ainsi que pour des investissements. La défense de la souveraineté l’a emporté sur les mirages des investissements.
La visite de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en juillet, n’y a rien changé. Elle déclarait alors : « Nous partageons les mêmes valeurs, nous nous connaissons très bien, nous avons des positions proches, nous sommes donc des partenaires proches. » Mais le partenariat n’implique pas la dilution.
Une première leçon est évidente : l’UE n’attire plus les populations qui possèdent une véritable identité et ont conscience de la nécessité de la protéger.
Deuxième leçon : lorsqu’un pays est économiquement fort, il n’a pas besoin de l’UE. Celle-ci n’a donc aucun projet positif de développement réel à proposer.
L’Union européenne est devenue une sorte d’union des faiblesses. Elle n’a pas réussi à se constituer une identité propre ni à incarner l’identité européenne. Et cela était, en réalité, absolument impossible, puisqu’elle est bâtie sur le rejet de toute identité propre : elle n’est qu’une structure de gestion régionale des intérêts globalistes.
Sur fond de conflit en Ukraine et d’impératif imposé à tous les États membres de soutenir activement le front ukrainien, elle devient particulièrement toxique pour tout pays qui veut vivre comme un État souverain, en harmonie, et se développer pour le bien de sa population.
À l’occasion de sa visite estivale, von der Leyen voulait donc jouer sur la « menace russe », jouer sur les peurs pour convaincre l’Islande de rejoindre le « camp du bien » contre « l’invasion russe », sur le mode : l’Islande est un pays pacifiste, l’UE a les moyens de la défendre.
Défendre contre qui ? Contre la Russie, bien sûr, qui ne présente aucun danger pour l’Islande. Et Magnús Magnússon, président du Mouvement européen en Islande, avait pour argument principal que « les infrastructures critiques du pays sont “constamment attaquées” par des acteurs russes et doivent être sécurisées ». “L’UE peut beaucoup nous aider sur ce plan” ».
La Russie frappe en Ukraine les infrastructures critiques liées à l’armée atlantico-ukrainienne ; les drones qui tombent en Europe sont des drones ukrainiens, comme, in fine, chaque pays concerné le reconnaît. Belle protection européenne des pays membres, rien à dire !
Le danger vient en réalité des élites atlantistes européennes elles-mêmes. L’UE est en crise, économique et politique. Pour en sortir, elle tente une fuite en avant. Mais l’Islande n’a pas voulu en payer le prix.
Entrer dans l’UE aujourd’hui implique une perte de souveraineté, une perte d’identité, l’obligation de soutenir la guerre en Ukraine et l’intégration de toutes les sanctions européennes adoptées et à venir, sans oublier les valeurs wokistes. C’est un suicide non seulement politique pour toute élite nationale, mais aussi un suicide économique.
C’est bien la raison pour laquelle l’UE a perdu toute attractivité pour un pays développé et politiquement stable. Seules des élites faibles et vendues peuvent offrir les clés de leur pays aux dirigeants européens.
C’est bien la raison pour laquelle il faudra finir par sortir de cette prison des peuples.
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