Ukraine, Groenland : deux cartes, un jeu

Ukraine, Groenland : deux cartes, un jeu
Ukraine, Groenland : deux cartes, un jeu [image générée par l'intelligence artificielle]
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Le correspondant de RT en français Igor Kourachenko soutient que le Groenland et l’Ukraine relèvent d’un même jeu stratégique, où chaque dossier sert de pièce sur un échiquier géopolitique.

Le début de l’année 2026 ressemble à un véritable tourbillon géopolitique. En quelques semaines à peine, la planète a été secouée par une succession d’événements majeurs : l’enlèvement de Nicolás Maduro, la crise autour du Groenland, le Forum de Davos, les premières négociations directes russo-ukrainiennes depuis plusieurs mois, et une nouvelle montée de tension autour de l’Iran.

Pour le grand public, dont je fais moi-même partie, tout cela n’est que la partie émergée de l’iceberg. L’essentiel se joue ailleurs — loin des caméras, derrière des portes closes. Mais la géopolitique laisse toujours des traces visibles : le ton des déclarations, la durée des pourparlers, les silences inhabituels, les fuites dans la presse. Ce sont ces signaux faibles que je vous propose d’analyser pour comprendre ce qui se joue réellement.

Mon idée est simple : la crise du Groenland et le règlement ukrainien ne sont pas deux dossiers séparés. Ils sont liés. Et je vais tenter de vous expliquer pourquoi et, surtout, comment.

Le joker groenlandais

Commençons par une question centrale : pourquoi Donald Trump veut-il le Groenland ? La réponse officielle est connue : la sécurité nationale. Soit. Mais alors une autre question s’impose : qu’est-ce qui empêcherait les États-Unis de déployer leurs systèmes de défense sur ce territoire sans parler d’annexion ?

Le Groenland appartient à l’espace de sécurité de l’OTAN. Les États-Unis ont déjà installé des systèmes antimissiles en Europe de l’Est sans jamais évoquer une quelconque absorption territoriale. Et pourtant, cette fois-ci, il s’agissait bien de l’ « annexion ». Pire encore : il y a quelques semaines à peine, à Washington, personne n’excluait un scénario de force. « All options are always on the table », déclarait la porte-parole de la Maison Blanche le 7 janvier.

Puis, soudainement, à Davos, changement de ton. Donald Trump calme le jeu. Le scénario militaire est écarté. Que s’est-il passé ? La réponse se trouve peut-être… justement à Davos.

Le gambit ukrainien

Car le Forum économique a été marqué par deux séquences révélatrices. D’abord, Volodymyr Zelensky critique ouvertement l’Europe, qu’il juge faible et indécise. Puis viennent des discussions à trois à Abou Dhabi, discrètes, mais lourdes de sens. Avant même leur ouverture officielle, l’émissaire spécial américain Steve Witkoff parle de « progrès significatifs ». Marco Rubio, après le premier round, va plus loin : « Il ne reste qu’un seul point non réglé : les questions territoriales ».

Un instant. Et la centrale nucléaire de Zaporojié ? La taille des forces armées ukrainiennes ? La non-adhésion à l’OTAN ? Les droits des russophones ? Il y a encore quelques semaines, ces sujets semblaient insolubles. Comment auraient-ils disparu de la table aussi rapidement ?

Un autre détail mérite attention : les Européens sont absents de la signature du futur accord. Ils ne sont pas totalement exclus du jeu — ce serait irréaliste — mais ils ne participent pas aux négociations et ne signeront rien. C’est le ministre ukrainien des Affaires étrangères lui-même qui l’a confirmé.

Pourtant, souvenez-vous : après chaque échange Trump-Poutine, après chaque appel avec Moscou, les dirigeants européens se précipitaient pour commenter, corriger, amender. Ils tentaient même de réécrire à leur manière le plan de paix de Trump en vingt points. Aujourd’hui ? Silence relatif. L’agitation a disparu.

Dans les coulisses de Davos

Tout cela m’amène à avancer cette version : un deal aurait été conclu dans les coulisses de Davos ou ailleurs. Ses termes ? Washington renonce à l’idée de l’annexion du Groenland. L’Europe, en échange, cesse de bloquer activement le processus de paix en Ukraine.

Vu sous cet angle, tout s’éclaire. Trump obtient l’essentiel sur le Groenland : une liberté totale de déploiement militaire, sans coût politique et économique. Et surtout, il élimine le principal obstacle aux négociations ukrainiennes : l’intransigeance européenne.

Car l’Ukraine est un dossier prioritaire pour Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche. Non par sympathie pour la Russie. Bien au contraire, pour éviter qu’elle n’avance encore davantage sur le terrain. Et l’armée russe progresse, chaque jour, sur toute la ligne de front.

Moscou avance ses pions

Reste une question : pourquoi maintenant ? Précisons d’abord que l’idée de l’annexion du Groenland n’est pas née récemment. Donald Trump l’évoquait dès le début de son mandat. Ce « joker » faisait partie de son jeu depuis le départ. Mais c’est seulement en janvier qu’il a choisi de le poser sur la table. Et pas timidement : avec des menaces inédites de recours à la force.

Mais revenons à la question : pourquoi janvier 2026 ? La réponse pourrait bien se trouver en décembre, au moment de l’attaque ukrainienne contre la résidence de Vladimir Poutine. Sergueï Lavrov avait averti alors : « Compte tenu de la transformation définitive du régime de Kiev, passé à une politique de terrorisme d’État, les positions de négociation de la Russie seront révisées ». Disons-le clairement : les exigences russes allaient augmenter. Et les faits confirment cette dynamique. Les forces russes avancent désormais dans les régions de Soumy, Kharkov et Dnepropetrovsk.

Si Moscou durcit officiellement ses conditions, parvenir à un accord sera encore plus difficile. Et une fois annoncées, ces nouvelles lignes rouges ne seront pas sans doute retirées tout de suite. D’où ce durcissement soudain du discours américain sur le Groenland, précisément après l’attaque de décembre. Le message implicite est clair : laissez les conditions actuelles (la formule dite d’Anchorage) et je m’occupe de l’Europe.

Le puzzle s’assemble finalement. Et si cette lecture est la bonne, alors la probabilité d’un règlement pacifique à court terme a nettement augmenté. Mais comme toujours en géopolitique, la vérité se révèle par épisodes. Rendez-vous dans les prochaines séquences de ce grand feuilleton mondial qui se joue, sous nos yeux.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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