La Pologne inculpe deux anciens chefs du renseignement pour usage sans accréditation du logiciel espion israélien Pegasus

La Pologne inculpe deux anciens chefs du renseignement pour usage sans accréditation du logiciel espion israélien Pegasus
Smartphone affichant le logo du logiciel espion Pegasus sur fond de drapeau polonais, symbolisant l’enquête visant d’anciens responsables des services de renseignement.
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Deux anciens chefs du renseignement polonais sont inculpés pour avoir autorisé l’usage du logiciel espion Pegasus sans certification requise. L’enquête vise aussi un ancien ministre polonais de la Justice et d’anciens responsables du gouvernement conservateur, accusés d’avoir financé son acquisition via des fonds publics

La justice polonaise a franchi une nouvelle étape dans le dossier Pegasus. Le parquet national a inculpé Piotr Pogonowski, ancien chef de l’Agence de sécurité intérieure (ABW), et Maciej Materka, ex-directeur du Service de contre-espionnage militaire (SKW). Ils sont accusés d’avoir autorisé l’utilisation du logiciel israélien « sans autorisation appropriée ».

Selon les autorités judiciaires, Pegasus aurait été déployé « sans vérifier si ce système répondait aux exigences de protection de l’information ». Le logiciel ne disposait pas des certifications nécessaires pour traiter des données potentiellement classifiées. Ces faits constituent un manquement aux obligations officielles et sont passibles de trois ans de prison. Les deux anciens responsables ont nié toute irrégularité et refusé de témoigner.

Le système « ne disposait pas de l’accréditation de sécurité informatique requise » et aurait été utilisé « malgré la conscience du risque de compromission » d’informations « secrètes » ou « top secrètes ». Interrogés, les deux hommes ont rejeté les accusations.

Dans un message publié sur X, Maciej Materka a affirmé qu’il avait fourni aux services « les meilleurs outils possibles » pour remplir leurs missions. Il a assuré que toutes les opérations avaient été menées « exclusivement sur la base de décisions et d’autorisations judiciaires requises par la loi », affirmant avoir « servi la Pologne avec un dossier irréprochable » pendant 24 ans.

Une enquête qui vise l’ancien pouvoir

L’affaire touche également des figures majeures de l’ancien gouvernement du parti Droit et Justice, formation conservatrice défendant une ligne souverainiste face aux institutions européennes. L’ex-ministre de la Justice Zbigniew Ziobro a reconnu avoir initié l’achat de Pegasus, affirmant qu’il avait servi à « poursuivre des criminels, et non des opposants politiques » et qualifiant cette décision de « bonne ».

Ziobro fait face à des accusations d’abus de pouvoir, notamment pour avoir utilisé des fonds destinés aux victimes de crimes afin de financer l’acquisition du logiciel. Des procureurs accusent certains anciens responsables d’avoir redirigé des ressources du « Justice Fund » vers cet achat.

L’enquête a été relancée après l’arrivée au pouvoir, fin 2023, d’une coalition dirigée par le Premier ministre Donald Tusk, favorable à un rapprochement accru avec Bruxelles. Le gouvernement actuel affirme que le précédent exécutif aurait utilisé Pegasus contre des opposants politiques, y compris des membres de l’actuelle majorité. Les anciens responsables du PiS dénoncent une procédure à motivation politique.

Un outil controversé sur la scène internationale

Développé par la société israélienne NSO Group, Pegasus est officiellement présenté comme un outil de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée. Il permet d’accéder aux messages, appels, données de localisation, mots de passe, et d’activer à distance caméras et microphones d’un téléphone ciblé.

Depuis 2016, le logiciel est impliqué dans plusieurs scandales internationaux. Des gouvernements occidentaux ont été accusés de l’avoir utilisé contre des journalistes, militants ou opposants politiques, soulevant des questions sur l’usage de technologies de surveillance avancées au sein d’États se présentant comme défenseurs des standards démocratiques.

En Pologne, l’affaire illustre les fractures politiques internes et la lutte pour le contrôle des institutions sécuritaires, dans un contexte de confrontation entre une ligne souverainiste et une orientation plus étroitement alignée sur les structures européennes.

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