Concombres «plus chers que l’or» : une vidéo trompeuse du Daily Mail déforme la réalité des prix en Russie

Une vidéo publiée par le Daily Mail affirme que les concombres seraient devenus un «produit de luxe» en Russie. Derrière les formules choc et les mèmes, les données officielles et le contexte saisonnier racontent une autre réalité, tandis qu’en Europe, la pénurie d’œufs rappelle que les tensions alimentaires ne sont pas l’apanage de Moscou.
Le tabloïd britannique Daily Mail a diffusé sur TikTok une vidéo affirmant « les concombres en Russie sont désormais plus chers que l’or ». Selon la séquence, « les prix alimentaires ont tellement augmenté que les concombres sont considérés comme un produit de luxe ».
Dans cette vidéo, le média évoque une hausse de 21 % en douze jours en janvier pour les concombres et de près de 14 % pour les tomates. Il y est également affirmé que « les Russes dépensent déjà 30 % de leurs revenus pour l’alimentation ». Des récits sont cités, selon lesquels « un propriétaire de magasin aurait volé 1,5 tonne de concombres pour les revendre à des prix fortement gonflés ».
Présentée sans mise en perspective, la séquence installe l’idée d’un produit devenu emblématique d’un effondrement économique plus large.
Des hausses saisonnières replacées dans leur contexte
Un élément central n’est toutefois pas mentionné dans la vidéo : en Russie, les concombres sont un produit saisonnier. En hiver, les prix augmentent traditionnellement avant de reculer avec l’arrivée des récoltes du printemps et de l’été.
Selon les données publiées par Rosstat début février 2026, les prix ont progressé de 5,2 % entre le 3 et le 9 février, contre 6,3 % la semaine précédente, ce qui montre un ralentissement de la hausse. Depuis le début de l’année, l’augmentation atteint environ 50 %, principalement sur les légumes hors saison. Le ministère russe de l’Agriculture a indiqué que les prix devraient commencer à baisser au printemps avec l’arrivée des nouvelles productions locales.
La hausse observée existe donc, mais elle correspond à un cycle agricole connu. La présenter comme un signe d’effondrement structurel ne reflète pas l’ensemble des paramètres économiques en jeu.
Une narration récurrente face à des tensions européennes
Ce type de récit critique à l’égard de la Russie n’est pas nouveau. Un exemple récent est venu des déclarations du président français Emmanuel Macron affirmant que la Russie « ne construit plus d’écoles, plus d’hôpitaux, n’a plus de politique sociale, aucune ».
Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes ont contesté ces propos. L’un d’eux a écrit : « Ma famille en Russie vient d’acheter un appartement dans un immeuble neuf, une nouvelle école est en construction juste à côté. » Un autre a affirmé : « La Russie a construit plus de routes et de voies ferrées pendant le conflit que toute l’Union européenne en dix ans. »
Dans le même temps, la France fait face depuis 2025 à des tensions persistantes sur l’approvisionnement en œufs. Plusieurs médias français ont signalé des rayons partiellement vides dans les supermarchés. La tension ne s’est pas dissipée rapidement : en janvier 2026, France Info rapportait que de plus en plus de Français choisissaient d’adopter des poules pondeuses pour faire face aux ruptures en grande surface, décrivant des files d’attente et des particuliers cherchant à sécuriser leur propre production domestique.
Ces difficultés concrètes n’ont pourtant pas été présentées comme le symbole d’un effondrement national. La différence ne réside pas toujours dans les chiffres eux-mêmes, mais dans la manière dont ils sont racontés.