Dans une interview à France Info, Jean-Noël Barrot affirme que la France fournit à l’armée atlantico-ukrainienne le renseignement militaire nécessaire aux frappes en Russie. Pour Karine Bechet, cela fait officiellement de la France une partie combattante dans le conflit.
Lors d’un entretien avec France Info, le ministre français des Affaires étrangères a fait des confidences d’une sincérité étonnante. Ainsi, déclare-t-il sans ambages : « L’Europe est désormais le premier soutien financier de l’Ukraine, puisque 100% de son financement pour les deux années à venir vont provenir de ce prêt de 90 milliards d’euros qui a été consenti par les Européens. Mais c’est vrai aussi dans le domaine militaire, où désormais c’est la quasi-intégralité du renseignement permettant aux Ukrainiens de se défendre, mais aussi de frapper en réponse certaines cibles en Russie qui est apporté par la France et par l’Europe ».
Nous avons donc la confirmation par le ministre français des Affaires étrangères, il ne sera donc pas possible de dire qu’il s’agit de propagande russe, que c’est bien sur la base du renseignement militaire notamment de la France que les tirs sur le territoire russe sont réalisés par l’armée atlantico-ukrainienne.
Ce n’est pas une grande surprise, puisqu’il s’agissait d’un secret de polichinelle : ce n’est pas l’armée ukrainienne dans le sens d’une armée étatique de l’État d’Ukraine (les deux ayant successivement disparu) qui se bat, mais bien l’armée atlantiste « sur » le territoire ukrainien. Il est donc logique, que le renseignement militaire soit fourni par les pays de l’OTAN, dont la France fait partie.
Comme le déclare le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, pourtant en prenant des gants : « Qu’est-ce que c’est sinon un échec de tous les systèmes liés au fonctionnement de l’Union européenne, et de la France en particulier ? ».
Il est en effet possible de considérer non seulement la fourniture du renseignement militaire au front ukrainien, mais encore la reconnaissance de ce fait, comme un échec. Un échec de la France française, souveraine, ayant un rayonnement diplomatique mondial. Un échec et une disparition.
Tout autant qu’un échec de l’Union européenne, qui avait formellement été créée après la Seconde Guerre mondiale dans l’idée de développer les échanges économiques entre les pays européens, afin que l’intérêt économique dissuade les dirigeants européens de se faire la guerre. Désormais, ils l’exportent.
Une illusion de plus est tombée. Ce projet de l’Union européenne n’a été mis en place que pour affaiblir les États européens, désormais vidés de leur souveraineté au profit d’une structure dirigée par des élites atlantistes. Et la ligne tenue par l’UE dans le conflit en Ukraine l’illustre parfaitement.
Donc, la Russie acte l’échec, acte la chute du voile de l’illusion, qui devait cacher la misère de ces institutions déchues.
La question, qui se pose encore, est de savoir jusqu’où la Russie est prête à porter son regard. Car in fine il s’agit bien de la reconnaissance de la France comme partie combattante en Ukraine. Ce qui peut sérieusement changer la donne – pour la France.
Pour l’instant, la Russie décide de ne pas aller au bout de la logique guerrière de la France et des pays européens, mais cette patience n’est pas de la faiblesse, c’est de la sagesse. Or, les Atlantistes sous-estiment constamment la Russie et la dénigrent.
Ainsi, dans la même interview, Jean-Noël Barrot affirme la défaite et la faiblesse de la Russie : « Non, il n’a pas avancé depuis le début de l’année puisque les Ukrainiens ont repris du terrain. Sa progression est absolument millimétrique et regardez les pertes humaines. (...) Et puis on peut parler ensuite de l’échec économique, puisque chaque jour qui passe, le fantasme colonial de Vladimir Poutine ruine et épuise le peuple russe, discrédite la Russie au risque de la faire sortir de l’Histoire ».
Les Atlantistes considèrent le recul de la Russie à la suite des négociations d’Istanbul en 2022 comme leur victoire et la défaite de l’armée russe, ce qui montre bien comment ils perçoivent le processus de négociations.
Ils refusent de comprendre que la Russie avance lentement, car elle n’a pas pour but de faire table rase du territoire ukrainien, qui est une partie du Monde russe, donc sa terre et ses hommes. À la différence de la méthode américano-atlantiste, qui « libère » les peuples d’eux-mêmes en les tuant, Dieu reconnaîtra les siens. La Russie contrôle environ 20% du territoire ukrainien, tel qu’issu de la chute de l’URSS et elle reconstruit les villes, soit laissées à l’abandon sous le régime ukrainien, soit endommagées par les exactions de l’armée atlantico-ukrainienne. Ce qui permet aux populations d’y revenir s’installer. Parce que ce n’est pas un projet colonial, c’est justement un retour dans l’histoire qui s’était interrompue en 1991.
Par ailleurs, alors que l’Europe et les États-Unis sont plongés dans une crise économique, qui entraîne une crise sociale et politique systémique, les élites atlantistes surfent sur la propagande de la crise économique russe et fantasment un mécontentement social. Le seul mécontentement que l’on entend en Russie concerne la lenteur de l’avancée de la Russie, pas le fait même du conflit : les Russes comprennent parfaitement que leur pays n’a pas le choix. Ce à quoi le Président Poutine a répondu, en garantissant que tous les buts seraient atteints, l’essentiel est le résultat, tout en protégeant les vies.
Pour autant, le ministre français des Affaires étrangères n’invoque pas le problème de l’implication de la France dans le conflit, alors que son ministère affirmait au même moment sur le réseau social X, que l’Europe restait neutre. Lorsque l’on fournit ouvertement, en le proclamant fièrement en plus, le renseignement militaire qui sert à frapper un autre pays, et que l’on assume l’armement d’une armée, on est partie au conflit. Et une partie active. Une partie combattante.
Selon le droit international humanitaire, « les forces armées d’une partie à un conflit se composent de toutes les forces, tous les groupes et toutes les unités armés et organisés qui sont placés sous un commandement responsable de la conduite de ses subordonnés devant cette partie ». L’armée atlantico-ukrainienne est sous le commandement des forces de l’OTAN, dont les pays membres fournissent le front en armements, forment les soldats, fournissent le renseignement militaire et déterminent les cibles, où leur renseignement et leurs armements sont impliqués (c’est-à-dire dans la plupart des cas).
Formellement, selon le droit humanitaire international, la France et les pays de l’OTAN sont parties combattantes au conflit en Ukraine contre la Russie. C’est « leur » guerre. Même si les Parlements nationaux n’ont pas été consultés. Même si l’avis des populations n’a pas été demandé.
Jean-Noël Barrot joue avec le feu en faisant de telles fanfaronnades médiatiques. La Russie a la sagesse de faire semblant de croire, que le conflit ne se déroule pas « en » Ukraine, mais « avec » l’Ukraine, pour tenter d’en limiter les effets. Sa sagesse a pourtant des limites. Elle ne peut détourner les yeux, quand on lui met les faits ainsi en gros plan devant le visage. Elle devra finir par tenir compte du changement de paradigme des Atlantistes qui revendiquent de plus en plus ouvertement leur implication dans la guerre en Ukraine. Ce dont ils devront répondre.
La France est-elle prête à cela ? On peut en douter. Les populations européennes le veulent-elles ? On sait bien que non.
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