Alors que plusieurs drones ukrainiens pénètrent l’espace aérien de pays européens, Bruxelles et les dirigeants baltes continuent d’accuser Moscou. Les incidents à répétition et la rhétorique anti-russe alimentent les tensions au sein de l’Union européenne. Analyse de la chroniqueuse Rachel Marsden.
La présidente non élue de la Commission européenne, « la reine » Ursula von der Leyen, était en Lituanie il y a quelques jours pour élaborer un plan visant à répondre au problème des drones ukrainiens qui risquent de provoquer des changements de gouvernement chez les alliés européens. Sa stratégie ? Accuser la Russie : le réflexe politique qui permet de détourner l’attention de sa propre incompétence. Ainsi, la Russie se retrouve non seulement tenue pour responsable de ses propres drones égarés, mais aussi de ceux de Kiev.
Pourquoi la Lituanie, alors ? Tout simplement parce que son président Gitanas Nauseda multiplie les déclarations affirmant que son pays ne servira pas de théâtre à des opérations militaires et que sa souveraineté ne sera violée ni par des drones ni par quoi que ce soit d’autre. Très bien. Mais que se passe-t-il si tout cela n’est que le fait d’un opérateur ukrainien au maniement approximatif des commandes, comme un adolescent tenant sa manette de jeu d’une main et plongeant l’autre dans un paquet de Doritos ? À ceci près que cela déclenche des alertes de sécurité à l’échelle nationale. Mais tout va bien, n’est-ce pas ?
Pendant ce temps, en Estonie, le ministère de la Défense explique déjà attendre de l’Ukraine qu’elle améliore sa maîtrise des drones afin que ses engins cessent de s’égarer dans l’espace aérien estonien. Le ministre estonien de la Défense Hanno Pevkur se montre toutefois d’un calme presque stoïcien face à toutes ces incursions dans l’espace aérien de son pays... ainsi que dans ceux de la Lettonie et de la Lituanie. À l’entendre, on dirait qu’il a affaire à un enfant à qui l’on apprend à ne plus dessiner sur les murs. À propos des Ukrainiens, il a déclaré qu’il lui fallait simplement comprendre « ce qu’ils avaient eux-mêmes en tête ».
Après tout, c’est peut-être simplement leur manière de s’exprimer. Il y a quelques jours, le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andriy Sibiga a admis sur un réseau social que ces erreurs se produisaient, en blâmant bien sûr la Russie d’abattre les drones.
Je suis sûre que la Première ministre lettone sera folle de joie d’entendre ça... Oups, je veux dire l’ANCIENNE Première ministre lettone qui s’est sentie poussée à la démission tout en torpillant la carrière de son ministre de la Défense en partant, après que des drones ukrainiens ont commencé à frapper son pays. « La mesure de la confiance du public et de la mienne envers le ministre de la Défense Andris Spruds est épuisée. L’incident du drone en Latgale a été la goutte d’eau qui fait déborder le vase », a déclaré la désormais ex-Première ministre lettone, Evika Silina.
On pourrait plutôt dire que c’est l’Ukraine qui a évincé le ministre letton de la Défense. Pendant ce temps, il donnait l’impression de vouloir faire diversion pour couvrir Kiev : « Ces derniers jours et semaines, nous avons connu des incidents de drones en Lettonie et dans d’autres pays. Les drones hors de contrôle ne doivent pas mettre en danger la sécurité de nos citoyens… En ce moment, ma responsabilité politique est d’empêcher que nos forces armées soient utilisées dans une campagne politique », a déclaré Spruds, préférant de ne pas rejeter la faute sur le pays dont les drones sont finalement responsables d’avoir brutalement ébranlé pouvoir.
On dirait bien une tentative de l’Ukraine de provoquer un véritable changement de régime chez son bon vieil ami balte, la Lettonie.
Prochaine sur la liste : la Finlande ? À la mi-mai, l’aéroport d’Helsinki a brièvement fermé à cause de la présence d'un drone, avant de rouvrir. Les habitants ont reçu pour consigne de rester chez eux. Par la suite, le président finlandais Alexander Stubb sortit du bois et déclara qu’on pouvait ressortir de sous les lits sans danger. Il s’avère que ce n’était qu’une « fake news »... diffusée en masse par la Finlande. Ce drone n’amenait pas Poutine. Pas encore, du moins. Mais peut-être bientôt : avant 2030, c’est certain en tout cas, puisqu'ils n’arrêtent pas de le dire.
Comme vous pouvez l’imaginer, les gens ont vraiment adoré que les autorités finlandaises interrompent leur journée pour faire une répétition générale, juste au cas où Poutine déciderait d’arriver en drone et de gâcher le sauna de tout le monde l’après-midi. Il s’avère qu’en fait, ce sont des drones ukrainiens qui dévient de leur trajectoire vers la Finlande depuis au moins le mois de mars, selon de multiples rapports.
Mais désormais, la reine Ursula affirme que c’est la Russie qui joue avec les drones ukrainiens et les envoie dans l’espace aérien balte et finlandais. Si c’était vraiment le cas, que la Russie puisse prédire la trajectoire exacte de multiples drones ukrainiens au point de pouvoir calculer simultanément les vecteurs de déviation précis nécessaires pour les dévier tous de leur course en temps réel sans aucun préavis, alors pourquoi la Russie ne le ferait-elle pas avec les drones ukrainiens qui frappent les infrastructures russes ? C’est la question que pose l’expert français en guerre électronique Olivier Dujardin, qui ajoute que la probabilité qu’une telle capacité existe réellement est nulle. Néanmoins, la reine Ursula et les dirigeants baltes semblent croire que Moscou utilise cette prétendue technologie strictement pour les embêter, plutôt que pour se protéger.
Il ne saurait y avoir d’autre explication, évidemment. Cela ne pourrait avoir aucun rapport avec la maladresse de l’Ukraine aux commandes, comme des responsables européens l’ont déjà souligné, ou avec l’utilisation du territoire de l’UE pour échapper à la détection de la défense anti-aérienne russe, comme le suggère Olivier Dujardin.
Ursula est très à cheval sur la lutte contre la désinformation – sauf quand il s’agit d’entrer dans les détails sur un récit dérangeant qui pourrait en fait forcer l’UE à faire un pas de plus vers la paix, ou à dissiper les histoires qu’ils ne cessent de se raconter.
Donc, en gros, ils ont choisi d’avaler ce conte de fées selon lequel la Russie rendrait les Ukrainiens nuls en pilotage de drones, les forçant à dévier leur trajectoire constamment et en masse dans l’espace aérien balte. Maintenant, tenez donc, voici le ministre des Affaires étrangères de l’un de ces mêmes pays baltes, la Lituanie, qui se sent apparemment tellement pousser des ailes sous l'effet de ces fake news de l’UE qu’il fait cliqueter son fusil à propos de l’enclave russe de Kaliningrad.
« Nous devons montrer aux Russes que nous sommes capables de pénétrer la petite forteresse qu’ils ont construite à Kaliningrad. L’OTAN a la capacité, si nécessaire, de raser complètement les défenses anti-aériennes et les bases de missiles russes qui s’y trouvent », a récemment déclaré le ministre lituanien des Affaires étrangères Kestutis Budrys.
On a vraiment l’impression qu’il est partant pour la paix. L’UE a complètement chauffé à blanc ce type, qui est tout excité par la guerre... comme un chiot à qui l’on propose une balade. Ils n’arrêtent pas de parler de combattre la Russie, et lui, il veut qu’ils ouvrent enfin la porte d’entrée et détachent les chiens de guerre.
Ursula prétend maintenant que l’UE a toujours voulu la paix depuis le premier jour, mais semble en même temps pressée d’exploiter le moindre prétexte ridicule pour l’éviter, même lorsqu’un examen plus rigoureux des faits servirait mieux les intérêts d’une éventuelle détente – chose qu’ils semblent résolus à éviter.
Il semblerait que l’UE soit à peu près aussi douée pour trouver le chemin de la paix que l’Ukraine pour piloter ses drones.
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