Procès Athanor : francs-maçons et ex-agent du renseignement jugés pour un réseau criminel aux assises de Paris
© godf.orgVingt-deux personnes liées à l’ancienne loge maçonnique Athanor, dans les Hauts-de-Seine, comparaissent à partir de ce 30 mars devant la cour d’assises de Paris pour meurtre, tentatives de meurtre et violences aggravées. Au cœur de ce dossier hors norme : des «frères» et un ancien de la DCRI.
Une dérive spectaculaire sera traitée lors d’un procès-fleuve, prévu pour durer jusqu’au 17 juillet, où une loge maçonnique s’est muée en officine criminelle, mêlant franc-maçonnerie, barbouzeries et services secrets. Vingt-deux personnes liées à l’ancienne loge maçonnique Athanor se renvoient la responsabilité, tandis que l’aspect sulfureux de l’affaire lui confère un retentissement médiatique de premier plan en France.
🚨 Procès Athanor : une loge maçonnique au cœur d’un réseau criminel tentaculaire
— Legiavox (@legiavox) March 30, 2026
Source : @afpfr
➡️ Ce lundi s’ouvre devant la cour d’assises de Paris un procès hors norme : 22 hommes jugés pour tentatives de meurtre, violences aggravées et association de malfaiteurs pic.twitter.com/A3ilm8H7v2
Une loge transformée en réseau mafieux
L’affaire éclate le 24 juillet 2020 à Créteil. Deux militaires de la DGSE sont interpellés près du domicile de Marie-Hélène Dini, coach en entreprise. Armés et masqués, ils affirment avoir été mandatés pour éliminer un agent du Mossad au nom de l’État français. En réalité, leur cible n’est qu’une concurrente de Jean-Luc Bagur, « vénérable maître » de la loge Athanor à Puteaux et collectionneur d’armes.
Pour « 70 000 euros hors taxes », selon l’enquête, Bagur a confié l’opération à un autre « frère », Frédéric Vaglio, entrepreneur de 53 ans. Vaglio sert d’intermédiaire à Daniel Beaulieu, retraité de la DCRI (devenue DGSI), âgé de 72 ans. Reconverti dans l’intelligence économique, cet ancien agent menait une double vie « parfaitement cloisonnée ».
Il devient le pivot du réseau, recrutant Sébastien Leroy, agent de sécurité passionné d’espionnage, pour exécuter les « missions » : agressions, vols, incendies de voitures, rats morts dans les jardins, jusqu’à l’assassinat. En novembre 2018, Leroy abat Laurent Pasquali, pilote automobile, pour un simple recouvrement de dettes. Il photographie le corps enterré dans une forêt de Haute-Loire et l’envoie à Beaulieu. Leroy, qui a recruté les deux militaires pour Dini, affirme avoir été « progressivement manipulé », persuadé de servir le renseignement intérieur.
D’autres projets morbides émergent : l’élimination du syndicaliste « gilet jaune » Hassan Touzani, jugé « gênant » par une cheffe d’entreprise de l’Ain, ou l’agression d’un élu du Val-de-Marne. Au total, plus d’une centaine de faits sont recensés.
D’organisation occulte à groupement criminel : un procès de la franc-maçonnerie
Marie-Hélène Dini, coach en entreprise et partie civile, confie à l’AFP : « J’ai eu beaucoup de chances, ça a permis d’arrêter un certain nombre d’actions, mais qui ont eu de lourdes conséquences sur ma vie. » Son avocat, Me Jean-William Vezinet, dénonce « des gens censés agir pour le bien de la société » qui ont basculé dans la violence par « emprise » mutuelle, réveillant ainsi les accusations de sectarisme dans la franc-maçonnerie, dont l’un des piliers, en plus de l’opposition au catholicisme, serait le culte du secret.
À la barre, les accusés, âgés de 30 à 73 ans, pour la plupart sans casier, devront répondre de cette chaîne de commandement où chacun, selon les avocats, « joue le jeu de l’emprise de l’autre ».
Daniel Beaulieu, handicapé après une tentative de suicide en détention, pourrait peiner à s’exprimer pleinement. Le procès promet de lever le voile sur une affaire où « le sentiment de toute-puissance » a conduit une loge maçonnique à des pratiques illégales et criminelles, dans un pays où la maçonnerie est intimement liée à l’État et notamment au président en exercice, Emmanuel Macron.