Kenya : des empreintes vieilles de 1,43 million d’années livrent de nouveaux indices sur les premiers humains
© Max Planck Institute for Evolutionary AnthropologyDes empreintes fossilisées découvertes dans le nord du Kenya montrent que plusieurs grands hominidés parcouraient les rives d’un ancien lac il y a environ 1,43 million d’années. Leur analyse renseigne sur la taille, la démarche et le comportement de leurs auteurs, sans toutefois permettre de déterminer leur espèce avec certitude.
Une équipe de chercheurs a découvert une série d’empreintes fossilisées sur le site archéologique de GaJi10, dans la région orientale du Turkana, au Kenya. Datées d’environ 1,43 million d’années, elles comptent parmi les ensembles de traces les plus complets jamais mis au jour pour étudier le comportement d’anciens représentants de la lignée humaine.
Selon Arkeonews, dans un article publié le 28 juillet et consacré à une étude parue dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences, les chercheurs ont recensé 21 empreintes réparties en cinq pistes continues. Elles auraient été laissées par huit individus.
Le site a également livré 146 traces d’animaux, notamment d’hippopotames, de bovidés, d’oiseaux et d’équidés. Leur présence montre que de nombreuses espèces fréquentaient les abords de cet ancien lac.
La plupart des hominidés avançaient dans la même direction à travers une zone peu profonde, tandis qu’un autre marchait en sens inverse. Rapidement recouvertes de sable fin puis de sédiments, les empreintes sont restées suffisamment bien conservées pour permettre une analyse détaillée.
Contrairement aux ossements, qui peuvent s’accumuler sur de longues périodes, ces traces ont enregistré un moment précis. Elles offrent ainsi une image directe des déplacements de plusieurs individus présents au même endroit.
Une identification encore incertaine
L’analyse en trois dimensions a révélé une voûte plantaire plus plate et un gros orteil davantage écarté que chez l’être humain moderne.
Selon Arkeonews, ces caractéristiques se rapprochent de celles attribuées à Paranthropus boisei, une espèce ayant vécu en Afrique de l’Est entre 2,3 et 1,2 million d’années environ avant notre ère.
L’estimation de la taille des individus figure parmi les éléments les plus surprenants de l’étude. Certains auraient pu atteindre environ 1,80 mètre, soit davantage que ce qui était généralement admis pour Paranthropus boisei.
Ces dimensions restent néanmoins compatibles avec Homo erectus, également présent dans la région à la même époque. Les auteurs de l’étude précisent donc qu’il n’est pas encore possible d’attribuer les empreintes à une seule espèce, même si leur morphologie semble davantage correspondre à Paranthropus boisei.
Plusieurs individus auraient marché ensemble
L’orientation des pistes apporte également des indications sur le comportement de leurs auteurs. Selon Arkeonews, plusieurs individus, probablement de grands mâles, auraient pu avancer ensemble.
Cette hypothèse pourrait renseigner sur leur organisation sociale. Les chercheurs restent cependant prudents, car ces traces ne suffisent pas à reconstituer avec certitude le fonctionnement de leurs groupes.
Pour les auteurs de l’étude, l’intérêt de la découverte tient surtout à la nature même des empreintes. Les fossiles osseux renseignent sur l’anatomie, tandis que ces traces montrent directement comment plusieurs hominidés se déplaçaient dans leur environnement.
