Karine Bechet, docteur en droit public (France), présidente de l'association Comitas Gentium France-Russie, animatrice du site Russie Politics.

Zelensky, les Atlantistes et Trump : qui a réellement peur des élections en Ukraine ?

Zelensky, les Atlantistes et Trump : qui a réellement peur des élections en Ukraine ? Source: Gettyimages.ru
Zelensky, les Atlantistes et Trump : qui a réellement peur des élections en Ukraine ? [photo d'illustration]
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Le 10 octobre, Donald Trump a affirmé qu’il était «temps pour l’Ukraine d’avoir un nouveau président», ce que les élites atlantistes européennes et Zelensky ont refusé. Pour Karine Bechet, au-delà de la question de la possibilité même de véritables élections en Ukraine, c’est celle du pouvoir réel de Trump qui se pose.

La question de l’organisation d’élections présidentielles en Ukraine revient régulièrement à l’ordre du jour, puisque, formellement, le mandat de Volodymir Zelensky a expiré le 20 mai 2024. En février 2025, le Parlement ukrainien s’y est repris à deux fois pour faire adopter une résolution spéciale permettant à Zelensky de rester en place jusqu’à ce que des élections soient organisées, sans qu’aucune date soit précisée.

D’une manière générale, de véritables élections seraient difficiles à organiser dans les conditions actuelles. Il faut bien comprendre que le processus électoral ne se résume pas à mettre un bulletin dans une urne. Plusieurs éléments sont indispensables à la sincérité d’un scrutin.

Le vote doit exprimer un choix. Il faut donc, déjà, qu’il y ait un choix. Or, tous les partis d’opposition ont été interdits en Ukraine, petit à petit depuis le Maïdan de 2014, et il n’y en a plus aucun aujourd’hui. Les opposants ayant été persécutés et réduits au silence, quand ils n’ont pas dû fuir, il sera difficile de réanimer l’espace politique ukrainien.

Donc, il n’y a pas de choix.

Mais même si ce choix existait, encore faudrait-il le connaître et pouvoir l’exprimer librement, sans contrainte et sans peur. Or, tous les médias d’opposition ont été fermés ; il ne reste qu’une propagande de guerre. Les gens ne peuvent donc avoir accès à une information libre. Et les services de sécurité et les milices néonazies sont là pour maintenir « l’ordre ».

Quel choix pourrait être exprimé, s’il y avait même un choix ?

Reste encore un élément, non moins fondamental. De véritables élections ne peuvent être organisées lorsque le territoire est contrôlé — politiquement et militairement — par des forces étrangères. Il n’y a pas de véritables élections sur un territoire occupé ; il n’y a qu’un mécanisme destiné à faire illusion. Aucune légitimité institutionnelle ne peut en ressortir.

Or, les Atlantistes contrôlent parfaitement le territoire ukrainien. Un arrêt des combats le temps de l’organisation d’un scrutin, comme l’exige Zelensky, n’y changerait rien. En ce sens, que Zelensky refuse in fine des élections, comme il le répète régulièrement pour des raisons différentes, peut sembler logique : il veut y survivre — physiquement, sinon politiquement. Le refus des Atlantistes européens paraît, à première vue, plus étonnant.

Kaja Kallas a honnêtement donné la réponse : « Les élections suscitent, par nature, des divisions politiques internes au sein du pays. » C’est la raison pour laquelle elle considère les élections non seulement impossibles actuellement en Ukraine, mais également non souhaitables. Autrement dit, les Atlantistes n’ont pas peur du résultat, puisqu’ils maîtrisent tous les éléments du processus électoral dont nous avons parlé. Ils ont peur du processus électoral lui-même.

Même une parodie électorale oblige à organiser un minimum de débat. Et quand on voit la violence avec laquelle les recruteurs enlèvent les Ukrainiens dans la rue, quand on voit les statistiques officielles ukrainiennes sur la désertion, en augmentation constante et rapide, quand on voit tous les scandales de corruption qui touchent les dirigeants ukrainiens, on comprend que les Atlantistes aient peur : il existe un véritable mécontentement en Ukraine.

Des gens pourraient commencer à s’exprimer ; il faudrait alors réprimer ouvertement. Le trucage des résultats devrait être trop important pour être dissimulé. Il faudrait trouver plusieurs candidats : mais comment faire pour qu’ils disent tous la même chose — différemment — sans décrédibiliser les Atlantistes, qui devront vanter le « processus démocratique » ?

C’est impossible. Il est moins dangereux pour eux de maintenir à bout de bras le pantin toxique qu’est Zelensky. Donc, ils sont contre. Ils sont contre les élections, mais ils sont pour un cessez-le-feu, quel qu’en soit le prétexte. De son côté, Moscou a très bien compris la manœuvre et Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a déclaré que la Russie était prête à cesser les tirs… le jour du scrutin et uniquement ce jour-là. Le ministre russe des Affaires étrangères a, de son côté, bien souligné que la Russie n’avait aucune confiance dans la volonté d’organiser des élections.

Reste une question, plus importante sur le plan géopolitique : quel est donc le poids politique personnel de Trump ?

Zelensky est une marionnette, c’est un fait acquis. Comment peut-il alors dire non à Trump ? Il n’y a qu’une alternative : soit Trump n’a pas de volonté politique en ce sens, soit il n’a pas de poids politique réel.

S’il n’a pas de véritable volonté, s’il n’est là que pour jouer le rôle du trublion afin de désorienter en façade le jeu, tandis que les véritables forces politiques maintiennent en profondeur la ligne de la défaite stratégique de la Russie, Zelensky et les Européens peuvent tranquillement dire non. C’est d’ailleurs ce qui est prévu.

Soit Trump a épuisé son capital politique : il est en difficulté à l’intérieur pour les élections de mi-mandat, il est fragilisé au sein même du clan républicain et les démocrates risquent de reprendre le pouvoir à la Chambre ; il n’a rien pu accomplir de ce qu’il avait annoncé à l’international, ses déclarations sont systématiquement en décalage avec la réalité et ne peuvent contribuer à la façonner. Il fut nécessaire après Biden pour redonner espoir à la Russie et la conduire à négocier, afin qu’elle renonce à une victoire militaire. Mais cela non plus, il n’a pu le faire. Son temps est passé, ses « deals » restent tous très improbables. La négociation politique est très différente de celle du business ; les Atlantistes se sont trompés.

Dans les deux cas, on en arrive à la question finale : à quoi sert-il aujourd’hui de négocier avec Trump, si l’alternative est celle de son manque de volonté politique ou de l’épuisement de son capital politique ?

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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