La réunion des élites atlantistes à Miami afin d'évoquer la guerre en Ukraine n’a finalement rien apporté de nouveau sur le fond, c’est-à-dire quant à un éventuel rapprochement de la paix. Pour Karine Bechet, tel n’était pas le but : il s'agissait d'une réunion interne de travail des différents membres de l’Axe atlantiste.
Donald Trump a convié le 9 octobre, avec Volodymyr Zelensky, les conseillers à la sécurité nationale de France, d'Allemagne et du Royaume-Uni, ainsi que des représentants de l'Union européenne et de l'OTAN, pour présenter la vision américaine d’une proposition sur le front ukrainien. Selon Steve Witkoff, « les échanges ont notamment porté sur « des mesures à court terme liées à la préparation à l’hiver (résilience énergétique, exportations de céréales), des garanties de sécurité, ainsi que des dispositifs à plus long terme pour la sécurité de l’Ukraine et de l’Europe ». ».
Dans la foulée, le président américain a appelé le président russe et en contrepartie d’une levée temporaire des sanctions (jusqu’à avril), la Russie pourra renflouer le marché américain, et accessoirement mondial, de diesel.
Donald Trump a dans la foulée annoncé la, pardon « sa », victoire : « La Russie va immédiatement fournir plus de 300 000 tonnes de diesel au marché américain et mondial, 500 000 tonnes de plus en novembre et 1 000 000 de tonnes immédiatement après. Par ailleurs, selon l'état de ses raffineries, la Russie va livrer rapidement 3 000 000 de tonnes de diesel. » Victoire qui lui est particulièrement nécessaire avant les élections de mi-terme, qui s’annoncent compliquées.
Sur la question ukrainienne, la situation est claire : les frappes systématiques russes de ces dernières semaines sur les infrastructures en Ukraine commencent à poser de sérieuses difficultés à l’armée atlantico-ukrainienne. C’est bien d’ailleurs pour cela, que le comité militaire de l’OTAN s’est réuni au grand complet à Kiev... avant la réunion de Miami.
Il a donc fallu organiser cette réunion de travail en urgence et avec les Européens, puisque ce sont eux qui, publiquement, doivent porter le poids et la responsabilité de ce conflit.
Le porte-parole du président russe a déclaré que Vladimir Poutine a accueilli avec compréhension « certaines propositions » du président américain. Lesquelles ? Les médias n’en parlent pas.
À l'Ouest, rien de nouveau
En attendant, rien d’inatendu n’est sorti dans les médias de cette réunion des élites atlantistes en Floride. Il s’agit toujours d’obtenir des cessez-le-feu partiels et surtout de la part de la Russie, dans les domaines où l’armée atlantico-ukrainienne est en difficulté. Bref, la Russie doit aider les Atlantistes.
Il s’agit principalement des infrastructures énergétiques, qui peuvent paralyser le fonctionnement de l’armée, et la mer Noire, où la Russie a repris le contrôle, et qui perturbe le transport des armements.
Évidemment, tout cela est présenté sous couvert « humanitaire ». Mais ne sont dupes que ceux qui veulent y croire. Il y a quelques jours de cela, Vladimir Poutine avait déclaré exclure tout cessez-le-feu, tant que le conflit ne serait pas réglé sur le fond.
Or, où en sommes-nous sur le fond ?
Nulle part. Les Européens veulent simplement que la Russie fasse une pause, pour qu’ils puissent renforcer l’armée sur le front et reconsolider l’arrière-front. Ce qu’ils appellent un « moratoire » sur les frappes russes.
Les Américains jouent toujours le même rôle d’arbitre dans leur conflit. Ils sont toujours prêts à promettre des montagnes d’or à la Russie pour « l’après ». Vu la manière dont ils ont oublié leur parole donnée à Anchorage, la sénilité politique met sérieusement en doute la valeur de leur parole.
Par ailleurs, un accord sur un moratoire des frappes russes conduirait de facto à la capitulation de la Russie. Quel intérêt alors pour les Américains de respecter leur parole, même s’ils veulent bien s’en souvenir ?
La réponse militaire systématique de la Russie dans l’escalade provoquée par les Atlantistes fait peur et ils veulent tenter à nouveau le stratagème diplomatique pour « politiquement » désarmer l’armée russe.
La Russie doit établir ses propres règles et les faire respecter
Mais qu’y a-t-il de nouveau sur le fond à vendre ? Peut-être des propositions « magiques », qui restent ultra secrètes ... Toutefois, si l’on exclut l’apparition d’un Deus ex Machina sur le théâtre de ce conflit ou un retour impromptu de conscience morale chez les Atlantistes : aucune reconnaissance juridique de la situation territoriale sur le front n’est possible, aucune démilitarisation de l’Ukraine n’est réaliste, aucune neutralité à long terme ne sera respectée. Car cela signifierait la défaite des Atlantistes et ils espèrent encore pouvoir faire tomber la Russie.
Simplement parce que l’ennemi ne sera pas vaincu par ces négociations, maintenant. Comme le disait le président russe, « les élites globalistes » se battent « en » Ukraine « contre » la Russie.
Ces élites globalistes n’ont pas disparu, elles se maintiennent au pouvoir en Occident, elles ont toujours leurs courroies de transmission dans les autres pays, qu’elles ne dirigent pas directement, et l’Ukraine reste pour elles un polygone militaire essentiel.
En revanche, ces élites sont toujours prêtes à accepter la capitulation de la Russie.
Les hommes d’affaires Kushner et Witkoff, qui représentent Trump, peuvent venir à Moscou. Ils y seront bien accueillis. Mais s’ils n’ont pas en main des propositions permettant réellement de résoudre les sources du conflit, ce sera un voyage formel de plus.
Dans tous les cas, ce jeu est gagnant pour les Globalistes. Si la Russie accepte, ce qui serait plus que surprenant, les Globalistes en sortiront vainqueurs. Si la Russie refuse, ce qui est fort probable puisqu’il n’y a en réalité rien de nouveau, elle sera montrée comme la responsable de l’escalade.
C’est bien la raison pour laquelle il est fondamental de ne pas jouer sur la scène internationale selon les règles de l’adversaire : il les a conçues pour garantir son intérêt et se donner l’avantage.
Une victoire militaire peut se perdre sur le front diplomatique, l’histoire est pleine d’exemples.
À la Russie d’établir ses propres règles et à la faire respecter.
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