Programme nucléaire saoudien : qu’apporte à Riyad l’accord avec les États-Unis ?

Programme nucléaire saoudien : qu’apporte à Riyad l’accord avec les États-Unis ? Source: Gettyimages.ru
[photo d'illustration]
Suivez RT en français surTelegram

Pourquoi les technologies nucléaires sensibles de l’Iran sont-elles considérées comme une menace inacceptable, tandis que celles de l’allié saoudien pourraient être jugées acceptables ? Farkhad Ibraguimov, politologue spécialiste du Proche et du Moyen-Orient, analyse les enjeux du nouvel accord conclu entre l’Arabie saoudite et les États-Unis.

Les États-Unis et l’Arabie saoudite viennent de signer un accord de coopération dans le domaine du nucléaire civil, désigné sous le nom d’« Accord 123 ». Celui-ci établit un cadre juridique pour la participation d’entreprises américaines au programme nucléaire saoudien, mais il doit encore être examiné par le Congrès américain.

L’accord ne signifie pas, en lui-même, que Riyad bénéficiera automatiquement de technologies d’enrichissement de l’uranium, des matières nucléaires ou des infrastructures clés en main pour le cycle complet du combustible. Toutefois, il est essentiel de noter que, d’après les informations disponibles, l’Arabie saoudite ne s’est engagée ni à renoncer à l’enrichissement de l’uranium ni à abandonner le retraitement du combustible usé.

En cela, cet accord se distingue de la « norme d’excellence » appliquée à l’égard des Émirats arabes unis. En 2009, Abou Dhabi avait volontairement renoncé à ses propres capacités d’enrichissement et de retraitement. L’Arabie saoudite n’a pas accepté de telles restrictions, ce qui témoigne d’un assouplissement de la position américaine en matière de non-prolifération. Des questions se posent également quant à l’absence d’obligation d’adhérer au Protocole additionnel de l’AIEA, qui renforce les capacités d’inspection.

La position du prince héritier Mohammed ben Salmane revêt, dans ce contexte, une importance particulière. En 2018, il avait déclaré que l’Arabie saoudite ne cherchait pas à se doter de l’arme nucléaire, mais qu’elle le ferait si l’Iran venait à l’acquérir. Par conséquent, le programme nucléaire saoudien est lié non seulement à l’énergie, mais aussi à la sécurité régionale. Riyad n’envisage peut-être pas de construire une bombe dans l’immédiat, mais le royaume saoudien cherchera à se doter de la capacité de modifier la nature du programme en cas de crise.

Le programme nucléaire civil correspond également à une logique économique. L’Arabie saoudite a besoin de nouvelles sources d’électricité et de capacités de dessalement de l’eau, tout en cherchant à réduire sa consommation intérieure de pétrole et de gaz. L’énergie nucléaire s’inscrit dans la stratégie « Vision 2030 » qui a pour but de moderniser et de diversifier son économie.

Les intérêts des États-Unis vont également au-delà de la sécurité. Les entreprises américaines sont en concurrence avec la Russie et la Chine pour la conquête du marché nucléaire saoudien. Sans l’« Accord 123 », elles seraient pratiquement dans l’impossibilité de participer à des projets d’envergure. Washington craint que des restrictions trop strictes ne poussent Riyad à coopérer avec Moscou ou Pékin.

Le développement d’une arme nucléaire par l’Arabie saoudite entraînerait cependant des coûts considérables. Un programme militaire secret pourrait déboucher sur des sanctions, une détérioration des relations avec l’Occident et une baisse des investissements. Par ailleurs, l’émergence d’un arsenal nucléaire saoudien pourrait déclencher une réaction en chaîne, incitant la Turquie, l’Égypte et d’autres pays de la région à envisager de développer, à leur tour, leurs capacités nucléaires militaires.

Le scénario le plus probable n’est donc pas la conception rapide d’une bombe nucléaire, mais la mise en place progressive d’un programme civil avancé intégrant des éléments spécifiques du cycle complet du combustible nucléaire. Cela permettrait à Riyad d’accumuler une base technologique et industrielle tout en restant officiellement dans le cadre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.

Le risque principal réside dans la réduction de l’écart entre un programme à vocation pacifique et une éventuelle option militaire. Un parallèle direct s’impose ici avec l’Iran : pendant des décennies, les États-Unis et leurs alliés ont perçu l’enrichissement d’uranium par l’Iran comme une voie possible vers la création de l’arme nucléaire. Or, des technologies similaires pourraient désormais être développées par l’Arabie saoudite avec le soutien de Washington.

Cela soulève la question du deux poids, deux mesures : pourquoi les technologies sensibles de l’Iran sont-elles considérées comme une menace inacceptable, alors que celles de son allié Riyad pourraient être jugées acceptables ?

La position d’Israël est également importante ; l’État hébreu cherche à maintenir sa supériorité stratégique et s’oppose à l’acquisition de capacités d’enrichissement d’uranium par les pays de la région. Même la normalisation des relations avec l’Arabie saoudite a peu de chances de dissiper totalement ces inquiétudes.

L’accord conclu avec les États-Unis ne rend donc pas inéluctable l’émergence d’une bombe nucléaire saoudienne. Il crée néanmoins un précédent controversé.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Raconter l'actualité

Suivez RT en français surTelegram

En cliquant sur "Tout Accepter" vous consentez au traitement par ANO « TV-Novosti » de certaines données personnelles stockées sur votre terminal (telles que les adresses IP, les données de navigation, les données d'utilisation ou de géolocalisation ou bien encore les interactions avec les réseaux sociaux ainsi que les données nécessaires pour pouvoir utiliser les espaces commentaires de notre service). En cliquant sur "Tout Refuser", seuls les cookies/traceurs techniques (strictement limités au fonctionnement du site ou à la mesure d’audiences) seront déposés et lus sur votre terminal. "Tout Refuser" ne vous permet pas d’activer l’option commentaires de nos services. Pour activer l’option vous permettant de laisser des commentaires sur notre service, veuillez accepter le dépôt des cookies/traceurs « réseaux sociaux », soit en cliquant sur « Tout accepter », soit via la rubrique «Paramétrer vos choix». Le bandeau de couleur indique si le dépôt de cookies et la création de profils sont autorisés (vert) ou refusés (rouge). Vous pouvez modifier vos choix via la rubrique «Paramétrer vos choix». Réseaux sociaux Désactiver cette option empêchera les réseaux sociaux de suivre votre navigation sur notre site et ne permettra pas de laisser des commentaires.

OK

RT en français utilise des cookies pour exploiter et améliorer ses services.

Vous pouvez exprimer vos choix en cliquant sur «Tout accepter», «Tout refuser» , et/ou les modifier à tout moment via la rubrique «Paramétrer vos choix».

Pour en savoir plus sur vos droits et nos pratiques en matière de cookies, consultez notre «Politique de Confidentialité»

Tout AccepterTout refuserParamétrer vos choix