Négociations Iran–États-Unis : les véritables raisons d’un échec prévisible

Négociations Iran–États-Unis : les véritables raisons d’un échec prévisible Source: Gettyimages.ru
Négociations Iran–États-Unis : les véritables raisons d’un échec prévisible
Suivez RT en français surTelegram

Les négociations américano-iraniennes d’Islamabad ont été un échec prévisible. Entre religion, démence et réalité géopolitique, Alexandre Regnaud revient sur la multiplicité des facteurs qui empêchent la résolution du conflit.

Sans surprise, de l’aveu même de J. D. Vance, en conclusion d’un marathon de 21 heures d’échanges, le premier round des négociations entre les États-Unis et l’Iran à Islamabad a été un échec.

Sans surprise parce qu’il n’est pas peu dire que l’un des principaux protagonistes du conflit ne veut la paix à aucun prix. En effet, en parallèle des négociations, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, tenait sa propre conférence de presse en guise de défi : « La campagne contre l’Iran n’est pas terminée, nous avons encore du travail à faire. »

Parfait écho à une première provocation : au lendemain du cessez-le-feu (annoncé le 7 avril), Israël a bombardé massivement le Liban le 8 avril, assassinant au passage 357 civils en une journée.

En appliquant la trêve en retard et en la rompant (pour l’instant en parole…) en avance, Netanyahou entend montrer clairement qui a la main dans la « coalition Epstein ». Comme on le dit familièrement, c’est la queue qui remue le chien.

Pourtant, malgré une censure d’État d’une redoutable efficacité, on sait qu’Israël a subi des dégâts importants, sans doute davantage que lors de la précédente guerre des 12 jours, qui l’avaient pourtant amené à demander l’arrêt des combats par l’intermédiaire des États-Unis. Plusieurs hypothèses existent pour expliquer cette différence.

La première, c’est une confiance désormais plus élevée dans la soumission des États-Unis aux intérêts géopolitiques israéliens, et donc dans un engagement plus complet à venir, sur fond d’étrange déclaration de Melania Trump (épouse du président), affirmant qu’elle n’avait jamais rien eu à voir avec Epstein — déclaration sans lien apparent avec le contexte, survenue comme un cheveu sur la soupe lors d’une conférence de presse le 9 avril, soit deux jours après l’annonce de la trêve.

L’autre hypothèse, par ailleurs complémentaire de la première, est la recherche volontaire du chaos, sur fond de fanatisme religieux et de millénarisme d’une partie du gouvernement israélien, persuadée qu’en déclenchant elle-même l’apocalypse, elle accélérera la venue du Messie et la reconstruction du Temple, prélude au retour de Dieu sur terre.

Un fanatisme par ailleurs partagé par une partie des évangélistes présents dans l’entourage de Trump, les sionistes chrétiens, au premier rang desquels Mike Huckabee, ambassadeur de Trump en Israël, Paula White, responsable du Bureau de la Foi à la Maison Blanche, qui interroge Netanyahou sur l’imminence de l’Armageddon, ou encore Pete Hegseth, secrétaire à la Défense, évoquant publiquement la prophétie de la reconstruction du Temple.

Des Européens massivement déchristianisés pourraient sourire à ces arguments peu rationnels, mais ils sont pourtant capitaux si l’on veut comprendre l’ensemble des enjeux. Le spirituel est une clé essentielle à ne surtout pas négliger, tant pour les Iraniens que pour certains de leurs adversaires.

Échec des négociations sans surprise également en raison du comportement même des Américains. En écoutant J. D. Vance, on croirait parfois entendre Kaja Kallas à propos de la Russie en Ukraine.

Alors que la coalition américano-israélienne est totalement enlisée, qu’elle n’a atteint aucun de ses objectifs stratégiques, qu’elle a montré la vulnérabilité de son matériel et l’inefficacité de sa protection, et qu’elle plonge chaque jour un peu plus le monde, par ses actions irréfléchies, dans une crise économique gravissime, les États-Unis se comportent en dilettantes. Ils se permettent d’imposer leurs lignes rouges et d’arriver avec les mêmes exigences qu’avant leur déroute militaire, économique et politique, comme s’ils sortaient d’une victoire éclatante : nous avons perdu, rendez-vous !

Bien évidemment, c’est l’Iran qui est en réalité en position de force. Le symbole même de cette situation est le détroit d’Ormuz, toujours fermé malgré les déclarations de Trump.

Alors les Américains s’inventent des fables. Le New York Times, citant des responsables américains, avance que les Iraniens n’auraient pas cartographié leurs champs de mines (cette blague…) et ne pourraient donc pas les retirer. Mais en même temps, Bloomberg nous apprend que les deux destroyers américains qui avançaient le 11 avril vers le détroit, justement pour le déminer, ont fait demi-tour après un ultimatum des Gardiens de la révolution, rappelant qui tient réellement la main.

Ajoutant au ridicule, Trump annonce le 12 avril le blocus naval d’un détroit… déjà fermé de fait. Et quand bien même ils voudraient viser les rares navires qui passent encore, ce serait un excellent moyen de renforcer la panique économique mondiale, de se faire de nouveaux ennemis et d’aggraver l’hostilité des anciens.

On comprend bien sûr que Trump et son administration ne veulent pas perdre la face, surtout à quelques mois des élections de mi-mandat, annoncées catastrophiques. Mais leur insistance à déclarer victoire contre toute évidence dépasse les artifices classiques de communication.

Le résultat de cette méthode Coué, c’est une incapacité à saisir la réalité des rapports de force. Une absence de réalisme aux conséquences chaque jour plus catastrophiques pour l’économie mondiale et les conditions de vie de milliards de personnes.

Mais une autre question se pose : celui qui murmure à l’oreille de Trump qu’il a gagné n’est-il pas le même que celui à qui Joe Biden tentait de serrer la main à la fin de ses interventions ?

La question de la santé mentale de Trump se pose en effet. Le caractère absolument contradictoire de ses déclarations, souvent du jour au lendemain, son agressivité de plus en plus marquée et les incohérences de sa politique interrogent. Cela peut relever d’une détresse politique face à un échec évident, mais aussi correspondre à des troubles neurodégénératifs frontaux, notamment à une démence fronto-temporale, dont les symptômes apparaissent souvent à cet âge.

Moralité : entre millénarisme eschatologique, santé mentale en question et refus d’entériner une défaite qui creuse encore un peu plus la tombe de l’empire américain, la résolution du conflit iranien apparaît particulièrement complexe. Un simple round de négociation ne pouvait qu’échouer. Alors que Esmail Baghaei, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, affirme que « l’Iran continuera de travailler pour combler les différences avec les États-Unis », la suite oscille entre reprise des hostilités — sans aucun doute à l’initiative de Tel Aviv — et pression internationale suffisamment forte pour pousser les États-Unis à plus de réalisme et à des concessions inévitables s’ils ne veulent pas foncer dans le mur. Dans tous les cas, Trump manque définitivement d’atouts.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Raconter l'actualité

Suivez RT en français surTelegram

En cliquant sur "Tout Accepter" vous consentez au traitement par ANO « TV-Novosti » de certaines données personnelles stockées sur votre terminal (telles que les adresses IP, les données de navigation, les données d'utilisation ou de géolocalisation ou bien encore les interactions avec les réseaux sociaux ainsi que les données nécessaires pour pouvoir utiliser les espaces commentaires de notre service). En cliquant sur "Tout Refuser", seuls les cookies/traceurs techniques (strictement limités au fonctionnement du site ou à la mesure d’audiences) seront déposés et lus sur votre terminal. "Tout Refuser" ne vous permet pas d’activer l’option commentaires de nos services. Pour activer l’option vous permettant de laisser des commentaires sur notre service, veuillez accepter le dépôt des cookies/traceurs « réseaux sociaux », soit en cliquant sur « Tout accepter », soit via la rubrique «Paramétrer vos choix». Le bandeau de couleur indique si le dépôt de cookies et la création de profils sont autorisés (vert) ou refusés (rouge). Vous pouvez modifier vos choix via la rubrique «Paramétrer vos choix». Réseaux sociaux Désactiver cette option empêchera les réseaux sociaux de suivre votre navigation sur notre site et ne permettra pas de laisser des commentaires.

OK

RT en français utilise des cookies pour exploiter et améliorer ses services.

Vous pouvez exprimer vos choix en cliquant sur «Tout accepter», «Tout refuser» , et/ou les modifier à tout moment via la rubrique «Paramétrer vos choix».

Pour en savoir plus sur vos droits et nos pratiques en matière de cookies, consultez notre «Politique de Confidentialité»

Tout AccepterTout refuserParamétrer vos choix