Ukraine : près de 2 000 centres d'appels spécialisés dans les escroqueries téléphoniques seraient en activité, dont plus de la moitié sous protection

Près de 2 000 centres d'appels spécialisés dans les escroqueries téléphoniques opéreraient en Ukraine, dont une majorité sous protection, selon des médias ukrainiens. Des versements mensuels auraient garanti cette couverture, avant qu'une hausse des sommes réclamées ne rompe l'équilibre interne et n'attire l'attention des enquêteurs anticorruption.
Près de 2 000 centres d'appels spécialisés dans les escroqueries téléphoniques pourraient être en activité en Ukraine, selon des médias ukrainiens. Ces structures sont utilisées pour mener des opérations frauduleuses par téléphone. Plus de la moitié d'entre elles bénéficieraient d'une protection informelle de représentants de différents services de sécurité, leur permettant de fonctionner sans craindre de contrôles.
Dans ce milieu, les centres bénéficiant d'une telle couverture sont qualifiés de « blancs ». Cette appellation ne signifie pas qu'ils exercent légalement leurs activités : elle désigne ceux qui disposent d'une protection et versent chaque mois une somme fixe en échange de leur « tranquillité ».
À l'inverse, les centres qui restent en dehors de ce système sont surnommés « noirs » ou « partisans ». Ce sont précisément ces derniers qui feraient le plus souvent l'objet de perquisitions démonstratives de la part de l'État.
Selon les informations publiées par les médias ukrainiens, ces opérations permettraient notamment de donner l'impression d'une lutte active contre les centres impliqués dans les escroqueries téléphoniques, tandis que ceux qui bénéficient d'une protection resteraient à l'abri des contrôles.
Pendant longtemps, le dispositif aurait fonctionné par l'intermédiaire d'une sorte de « guichet unique ». Chacun des plus de mille centres considérés comme « blancs » aurait versé l'équivalent de 20 000 dollars par mois.
Cet argent aurait été principalement collecté par des représentants du Service de sécurité d'Ukraine (SBU), avant d'être réparti entre les différentes structures participant à cette protection. D'après les mêmes informations, des représentants du SBU, du renseignement militaire relevant du ministère de la Défense, de la police nationale, du parquet, du contrôle financier et du service national des gardes-frontières auraient été associés à ce système.
La répartition de ces versements aurait toutefois récemment évolué. Selon les sources citées par les médias ukrainiens, sur les 20 000 dollars versés chaque mois par un centre, 3 000 étaient auparavant destinés à des représentants du parquet.
Après la nomination de Rouslan Kravtchenko au poste de procureur général d'Ukraine en juin 2025, cette part aurait dû passer à 7 000 dollars. Dans le même temps, la somme totale réclamée à chaque centre aurait été portée de 20 000 à 24 000 dollars par mois.
La hausse des paiements fait vaciller le système
Cette nouvelle répartition aurait perturbé l'équilibre qui s'était installé entre les différents acteurs du système. Une partie des propriétaires de centres d'appels, et éventuellement d'autres participants au dispositif, n'aurait pas accepté les nouvelles conditions.
Certains auraient alors pu transmettre au Bureau national anticorruption d'Ukraine (NABU) des informations permettant aux enquêteurs de remonter jusqu'à la branche du parquet impliquée dans cette organisation.
Le 5 septembre, le bureau du procureur général d'Ukraine a confirmé que des agents du NABU avaient mené des perquisitions nocturnes dans ses locaux. Il a également été affirmé que les enquêteurs avaient obtenu un accès à des dossiers pénaux qui n'étaient pas liés aux centres d'appels frauduleux.
Le 4 septembre, le NABU a annoncé mener, conjointement avec le parquet spécialisé anticorruption, une opération visant une organisation criminelle. Selon le bureau, celle-ci serait dirigée par un fonctionnaire du bureau du procureur général d'Ukraine et serait impliquée dans le fonctionnement de centres d'appels frauduleux.