271 jours avec un rein de porc : une étape inédite dans l'histoire des greffes

Pendant neuf mois, Tim Andrews a vécu sans dialyse grâce à un rein de porc génétiquement modifié. Il a ensuite reçu avec succès un rein humain. Cette première montre qu'un organe animal pourrait servir de relais aux patients en attente de greffe, alors que le manque de donneurs reste un problème majeur dans le monde entier.
En janvier 2025, Tim Andrews a reçu au Massachusetts General Hospital de Boston un rein provenant d'un porc génétiquement modifié. Âgé de 66 ans au moment de l'intervention, il a vécu pendant 271 jours avec cet organe sans avoir besoin de dialyse, alors qu'il dépendait de ce traitement depuis deux ans en raison de l'insuffisance de ses propres reins, rapporte ce 4 septembre El País.
Ces 271 jours, soit environ neuf mois, constituent la plus longue période jamais observée après la transplantation d'un organe animal chez un être humain.
L'expérience ne s'est toutefois pas arrêtée à cette première greffe. En janvier 2026, il a reçu un rein provenant cette fois d'un donneur humain. Selon l'équipe médicale, cette nouvelle transplantation lui a permis de poursuivre sa vie dans des conditions relativement normales. Le cas, présenté par les médecins dans la revue médicale The Lancet, représente également une première pour une autre raison : jamais auparavant un organe animal n'avait permis à un patient d'attendre avec succès une transplantation humaine dans ces conditions.
Cette expérience laisse ainsi entrevoir une utilisation particulière de la xénogreffe, c'est-à-dire la transplantation de cellules, de tissus ou d'organes d'une espèce animale vers un être humain. Les organes issus d'animaux génétiquement modifiés pourraient servir de solution intermédiaire pour certains patients en attente d'un donneur humain.
Leonardo Riella, directeur médical du programme de transplantation rénale du Massachusetts General Hospital et principal auteur de l'étude, considère que la pénurie d'organes constitue aujourd'hui l'un des principaux problèmes de la transplantation. Pour les personnes atteintes d'une insuffisance rénale terminale, la greffe reste la meilleure solution, mais le nombre d'organes humains disponibles ne permet pas de répondre assez rapidement aux besoins.
Dans cette perspective, la xénogreffe pourrait d'abord jouer le rôle de passerelle. Elle permettrait à certains malades de sortir de la dialyse pendant leur attente d'un rein humain. Si sa sécurité et sa durabilité à long terme sont confirmées, elle pourrait ensuite devenir elle-même une solution thérapeutique définitive.
Des dizaines de milliers de patients en attente
La pénurie de donneurs concerne un nombre considérable de personnes. D'après le quotidien espagnol, en 2025, 53 343 patients étaient inscrits sur une liste d'attente pour une transplantation d'organe dans l'Union européenne. Aux États-Unis, où la population est pourtant inférieure de 25 %, plus de 100 000 personnes étaient concernées.
Dans le cas de l'insuffisance rénale, la dialyse permet aux patients de survivre, mais elle ne remplace pas entièrement les fonctions assurées par les reins. Avec le temps, elle peut également entraîner une dégradation progressive de la qualité de vie.
C'est notamment pour cette raison que les chercheurs tentent depuis plusieurs décennies de rendre possible la transplantation d'organes animaux chez l'être humain.
Les premières expériences remontent au début du XXe siècle. Différents organes provenant notamment de porcs, de moutons, de babouins ou encore de chimpanzés ont été transplantés chez des humains, mais sans permettre une survie durable. Selon les cas, les patients ont vécu de quelques heures à plusieurs mois.
Un porc génétiquement modifié pour limiter le rejet
Pour rendre la transplantation possible, l'entreprise américaine eGenesis a créé un porc dont l'ADN avait fait l'objet de 69 modifications génétiques. L'objectif était de réduire le risque que l'organisme d'Andrews identifie immédiatement le rein transplanté comme un élément étranger et le rejette.
Certaines de ces modifications visaient à empêcher la réaction de rejet immédiate susceptible de se produire lorsqu'un organe de porc entre en contact avec du sang humain. D'autres consistaient à ajouter des gènes humains destinés à mieux contrôler plusieurs mécanismes biologiques, notamment l'inflammation, la coagulation et l'activation du système immunitaire.
Les premiers résultats après l'opération ont été particulièrement encourageants. Le rein a commencé à produire de l'urine dès l'intervention chirurgicale. Au cours de la semaine suivante, il en produisait entre quatre et cinq litres par jour.
Le nouvel organe a ainsi pu assurer une partie essentielle du travail d'épuration du sang. Andrews a pu arrêter la dialyse et retrouver une autonomie dont il était privé depuis plusieurs années.