Le manque de coton menace la production de munitions des pays de l'OTAN

La hausse des besoins en munitions pousse les pays de l'OTAN à s'intéresser de près à une matière première aussi banale qu'essentielle : le coton. Face aux difficultés d'approvisionnement en nitrocellulose, plusieurs industriels estiment qu'il devient urgent de renforcer les capacités de production afin de sécuriser la fabrication d'explosifs.
Les pays membres de l'OTAN cherchent à accroître leur production de coton afin de répondre au manque de nitrocellulose, un matériau essentiel à la fabrication de poudres utilisées, notamment,dans les obus d'artillerie, rapporte le 20 juillet le Wall Street Journal (WSJ). D'après le quotidien américain, les pays de l'OTAN veulent renforcer leurs capacités industrielles afin de faire face à la montée en puissance de la Russie et de la Chine.
Toujours selon le WSJ, malgré les progrès technologiques, les conflits armés continuent de dépendre de la disponibilité d'explosifs. La nitrocellulose, également appelée pyroxyle, est obtenue en traitant la cellulose avec un acide, ce qui la rend hautement inflammable. Cette propriété permet de produire l'expansion rapide des gaz nécessaire au tir d'obus pouvant atteindre une portée d'environ 110 kilomètres.
Cette substance est fabriquée à partir des linters, de courtes fibres qui restent accrochées aux graines de coton après leur récolte. D'après le journal, les réserves limitées de cette matière première constituent aujourd'hui l'un des principaux obstacles à l'autonomie des pays de l'OTAN dans la production et la transformation de la nitrocellulose.
Les États-Unis produisent la majeure partie de leurs linters sur leur territoire et continuent d'augmenter leur production afin de développer leurs capacités de transformation. En Europe, où le coton a été progressivement remplacé par d'autres cultures il y a plusieurs siècles, l'industrie dépendait largement de la Chine. Les pays européens souhaitent désormais renforcer leur propre production de pyroxyle et étudient également d'autres matières premières susceptibles de servir à sa fabrication.
Le TNT, autre maillon faible de l'industrie européenne
Dans le même temps, le Wall Street Journal montre que l'Europe manque de TNT, un autre composant indispensable aux obus d'artillerie. À l'heure actuelle, un seul site de production est en activité sur le continent, en Pologne. Peter Russell, responsable des relations avec les investisseurs chez Czechoslovak Group, un groupe industriel spécialisé dans les secteurs de la défense et de l'armement, estime que le principal défi ne réside plus dans les capacités de production elles-mêmes, mais dans l'accès aux matières premières critiques, en particulier la nitrocellulose et le TNT.
Aux États-Unis, la fabrication de nitrocellulose repose principalement sur une seule usine située en Virginie, tandis que plusieurs installations de ce type sont présentes en Europe.
Thierry Francou directeur général d'Eurenco, un fabricant français de poudres et d'explosifs, juge que l'Europe doit développer sa propre industrie chimique pour gagner en autonomie. Il souligne toutefois que la construction de nouvelles usines est freinée par les contraintes législatives et administratives. Pour le WSJ, cette situation explique qu'un obus d'artillerie soit généralement composé d'éléments provenant d'environ six pays.
De son côté, Moscou a, à plusieurs reprises, affirmé ne pas avoir l'intention d'attaquer l'Europe. Le président, Vladimir Poutine, a déclaré qu'il n'existait aucune raison géopolitique, économique ou militaire de mener une guerre contre l'Alliance atlantique.