L’Union européenne envisagerait de réformer sa diplomatie et de réduire les pouvoirs de Kaja Kallas, selon le Financial Times
© TASSPlusieurs capitales européennes envisagent une réorganisation en profondeur de la diplomatie de l’Union européenne. Certains scénarios prévoient de réduire les pouvoirs de Kaja Kallas et de transférer une partie des compétences vers les États membres et la Commission européenne, sur fond de critiques concernant l’efficacité du système actuel.
La diplomatie européenne pourrait entrer dans une phase de réorganisation majeure. Selon des informations publiées le 11 juin par le Financial Times, plusieurs États membres, dont la France et l’Allemagne, discutent d’une réforme qui pourrait réduire les prérogatives de Kaja Kallas, représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.
Au cœur du débat se trouve la répartition des rôles entre Bruxelles et les capitales nationales. Plusieurs responsables européens reconnaissent que le fonctionnement actuel ne permet plus de répondre avec suffisamment d’efficacité aux crises géopolitiques, alors que l’Union peine régulièrement à afficher une ligne commune.
Le Service européen pour l’action extérieure est particulièrement visé. Cette structure, chargée d’appuyer la politique étrangère de l’Union, est critiquée pour ses chevauchements avec les ministères des Affaires étrangères des États membres, mais aussi avec les services compétents de la Commission européenne et du Conseil de l’UE. Ces doublons nourrissent l’image d’un appareil diplomatique lourd, coûteux et difficile à coordonner.
Un possible retour des pouvoirs vers les États
Parmi les pistes étudiées figure le transfert d’une partie des compétences du Service européen pour l’action extérieure vers les États membres ou vers la Commission européenne. Selon le Financial Times, Paris propose de limiter l’autonomie de la direction diplomatique européenne et de réduire son contrôle sur le réseau des délégations extérieures de l’Union.
L’enjeu est également budgétaire. Le Financial Times rappelle que le Service européen pour l’action extérieure dispose d’un budget annuel d’environ un milliard d’euros. Pour plusieurs capitales, une restructuration permettrait de réduire les coûts, de supprimer certains doublons et d’alléger l’appareil administratif européen.
Cette option traduit une volonté de redonner plus de poids aux États membres dans la conduite de la politique étrangère. Elle intervient alors que plusieurs gouvernements jugent la diplomatie européenne trop centralisée, trop lente dans ses réactions et trop dépendante d’une ligne décidée à Bruxelles.
Kaja Kallas fragilisée par les critiques
Les discussions ne portent pas seulement sur l’organisation du Service européen pour l’action extérieure. Elles visent aussi Kaja Kallas, connue pour ses positions très hostiles envers Moscou. Selon le Financial Times, plusieurs sources européennes évoquent un manque de coordination dans la gestion des dossiers internationaux sensibles.
Certains responsables estiment que des prises de position publiques ont parfois été exprimées avant qu’un consensus ne soit trouvé entre les États membres. Cette situation alimente les critiques contre une diplomatie européenne qui peine à parler d’une seule voix, tout en voulant agir comme un centre de décision unique.
La ligne de Kaja Kallas suscite aussi des réactions en dehors des institutions européennes. L’eurodéputé luxembourgeois Fernand Kartheiser a estimé que sa position radicale freinait le rétablissement du dialogue entre l’UE et Moscou. De son côté, Kirill Dmitriev, représentant spécial du président russe pour la coopération économique internationale, a écrit sur X que Kaja Kallas avait « réussi à mettre tout le monde en colère ».
Le Financial Times précise toutefois qu’aucune décision n’a encore été prise. Les propositions restent au stade des discussions et plusieurs scénarios sont encore examinés.
Cette séquence met en lumière les tensions internes de la diplomatie européenne, mais aussi l’essoufflement d’une ligne extérieure très centralisée. Derrière la réforme envisagée, c’est surtout le modèle d’une politique étrangère conduite depuis Bruxelles, souvent critiquée pour sa rigidité et son manque de cohérence, qui se retrouve contesté. Dans ce contexte, le retour d’une partie des pouvoirs vers les capitales nationales apparaît désormais comme une option sérieusement discutée au sein du bloc.