Syrie : Ahmed al-Chareh tente de reprendre la main sur la transition
© Getty ImagesAhmed al-Chareh lance le premier remaniement majeur depuis la chute d’Assad. L’éviction de ses frères vise à répondre aux critiques sur le népotisme. Damas cherche à rassurer ses partenaires régionaux tout en renforçant le contrôle de l’État.
Près d’un an et demi après la chute de Bachar el-Assad, le président intérimaire syrien Ahmed al-Chareh a lancé le 9 mai le premier remaniement ministériel majeur de la période de transition.
Plusieurs ministres et gouverneurs ont été remplacés, mais la décision la plus symbolique reste l’éviction de son frère Maher al-Chareh, jusque-là secrétaire général de la présidence. Selon plusieurs sources, un autre frère du dirigeant, Hazem al-Chareh, aurait également quitté ses fonctions au sein du Conseil suprême pour le développement économique.
Ces départs interviennent dans un contexte de critiques croissantes contre la concentration du pouvoir autour du cercle familial du président. Au sein même des anciens réseaux de Hay’at Tahrir al-Cham, formation dissoute qui a porté Ahmed al-Chareh au pouvoir, plusieurs responsables dénonçaient l’influence grandissante de Maher dans l’appareil d’État.
La refonte du pouvoir
Pour de nombreux observateurs, Damas cherche désormais à afficher une image plus technocratique afin de rassurer une population épuisée par la crise économique, mais aussi des partenaires régionaux comme l’Arabie saoudite, qui conditionneraient leurs investissements à davantage de transparence et de gouvernance institutionnelle.
Le nouveau remaniement confirme toutefois la volonté du pouvoir de renforcer la centralisation de l’État plutôt que de partager réellement les leviers politiques. La nomination de Bassel Hafez al-Soueidan au ministère de l’Agriculture illustre cette logique. Il incarne la volonté du nouveau pouvoir de reprendre le contrôle des ressources économiques et des secteurs stratégiques.
Les changements opérés dans certaines provinces, notamment à Deir ez-Zor, traduisent également l’importance accordée aux régions pétrolières et à la reconstruction économique. Le gouvernement cherche à consolider son contrôle territorial alors que la Syrie reste marquée par l’effondrement des services publics, l’inflation et une forte colère sociale.
Parallèlement, Damas tente de montrer des signes d’ouverture envers les minorités et les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes. Plusieurs médias évoquent l’intégration prochaine de personnalités kurdes au gouvernement dans le cadre de l’accord signé début 2026 entre les autorités syriennes et l’administration autonome du nord-est.
Des discussions circulent également autour d’un possible retour du poste de Premier ministre, qui permettrait de redistribuer une partie des pouvoirs aujourd’hui concentrés entre les mains d’Ahmed al-Chareh. Une évolution jugée essentielle par certains analystes pour stabiliser durablement la transition syrienne.