Salvador : une centaine de détenus menottés face à leur procès de masse sur écran géant
© Salvador Melendez Source: APDans une prison de haute sécurité au Salvador, plus de 100 détenus soupçonnés d’appartenir à des gangs assistent, enchaînés, à leur procès diffusé sur écran géant. Une procédure inédite qui illustre l’ampleur de la répression menée par le président Nayib Bukele.
À l’intérieur d’une méga-prison salvadorienne, plus d’une centaine de détenus sont assis en rangs, menottés aux poignets et aux chevilles, regardant sur un écran géant les audiences judiciaires qui décideront de leur sort. La scène, observée par des journalistes le 23 avril, s’inscrit dans le plus vaste procès de masse jamais organisé dans le pays.
Au total, 486 personnes soupçonnées d’appartenir à des gangs sont jugées dans le cadre de cette procédure inédite, menée sous la présidence de Nayib Bukele. Depuis 2022, son gouvernement a instauré un état d’urgence suspendant plusieurs garanties constitutionnelles, permettant l’arrestation de plus de 91 000 personnes, principalement accusées de liens avec les gangs MS-13 et Barrio 18.
Les détenus sont répartis dans plusieurs établissements pénitentiaires, dont le centre de haute sécurité CECOT, devenu le symbole de la politique sécuritaire du président salvadorien. Vêtus de blanc et le crâne rasé, certains prisonniers portent encore des tatouages associés à des organisations criminelles.
Une seule accusation
Selon le parquet, les accusés seraient liés à des dizaines de milliers de crimes commis sur une période de dix ans. Toutefois, dans ce procès de masse, ils ne sont poursuivis que pour appartenance présumée à des gangs, une pratique critiquée par plusieurs organisations de défense des droits humains.
Des experts et avocats dénoncent un système qui limiterait fortement les droits de la défense, les procédures collectives empêchant, selon eux, un examen individuel des dossiers et une préparation adéquate des stratégies juridiques. Les audiences se déroulent à huis clos.
La Commission interaméricaine des droits de l’homme a récemment exprimé ses inquiétudes face aux dérives potentielles de l’état d’urgence et appelé à y mettre fin.
Le gouvernement, lui, met en avant une baisse spectaculaire des homicides, présentée comme la conséquence directe de cette politique sécuritaire. Le président Bukele défend régulièrement ces mesures et rejette les critiques des ONG et des médias internationaux.