Golden Dome : derrière l’ambition d’un bouclier spatial américain, une impasse technologique et un programme irréaliste

Golden Dome : derrière l’ambition d’un bouclier spatial américain, une impasse technologique et un programme irréaliste Source: AP
Le président Donald Trump dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le 20 mai 2025, à Washington.
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Présenté comme la future barrière contre les menaces venues du ciel, le projet Golden Dome voulu par Donald Trump accumule les alertes. Selon une étude allemande, ce système spatial coûteux est technologiquement hors d’atteinte, budgétairement intenable, et militairement déjà contourné par ses adversaires.

Les limites du « Golden Dome », le bouclier spatial annoncé par Donald Trump pour protéger le territoire américain, apparaissent de plus en plus évidentes. Selon une étude publiée en décembre par le centre allemand SWP (Stiftung Wissenschaft und Politik), les ambitions affichées par Washington sont irréalistes, tant sur le plan technologique que budgétaire. À peine lancé, ce programme stratégique semble déjà dépassé par les coûts, les délais et la réalité du terrain.

Annoncé en mai 2025, le Golden Dome doit reposer sur une constellation de satellites capables de détecter et intercepter missiles et engins hostiles. Présenté comme une réponse aux menaces militaires, ce système spatial, estimé à 175 milliards de dollars, viserait une mise en service dès 2029. Mais les chiffres avancés par le SWP viennent contredire cette perspective. Selon le rapport, le système nécessiterait 10 000 satellites, dont 2 000 à remplacer chaque année. À 20 millions de dollars par intercepteur, cela représenterait 40 milliards par an pour la seule maintenance, sans inclure les frais d’exploitation.

Des briques technologiques toujours manquantes

Le constat est tout aussi critique sur le plan technologique. Le rapport du SWP souligne que les éléments essentiels du système – intercepteurs en orbite, capteurs longue portée, intégration en temps réel – sont loin d’être prêts. Certains composants n’ont jamais été testés, d'autres restent à l’état de concepts. En réponse, le Pentagone a décidé de concentrer ses efforts sur l’intégration des réseaux de données et de détection avant d’aborder la question des armes spatiales.

Les moyens engagés sont pourtant considérables. Environ 2 100 entreprises ont été retenues pour travailler sur l’architecture du système. L’Agence de défense antimissile a lancé un appel d’offres de 151 milliards de dollars sur dix ans. Mais là encore, les projections sont jugées largement sous-évaluées. Plusieurs analystes estiment que le coût global du Golden Dome pourrait dépasser les 500 milliards de dollars. Un chiffre difficilement soutenable, même pour Washington.

Une course technologique risquée ?

Pendant que les États-Unis s’engagent dans cette voie coûteuse, les autres puissances affûtent leurs ripostes. La Russie et la Chine possèdent déjà des capacités reconnues de destruction de satellites en orbite basse. Les deux pays développent également des technologies de brouillage, des systèmes de guerre électronique et des armes capables de tromper les défenses occidentales. Le SWP est formel : « Les mesures offensives restent moins coûteuses que les systèmes de défense. »

Les technologies militaires russes travaillent sur des missiles à trajectoire imprévisible, des torpilles intercontinentales et des technologies visant à réduire la signature thermique des engins, rendant leur détection plus difficile. Face à ce niveau d’adaptation, le Golden Dome pourrait devenir inefficace avant même son déploiement.

Le projet se heurte également à des limites juridiques. Le Traité de 1967 interdit le déploiement d’armes de destruction massive dans l’espace. Si les États-Unis n’ont pas annoncé de telles intentions, l’ambiguïté de leur programme et l’ampleur des moyens déployés inquiètent même certains alliés.

En misant autant sur une supériorité technologique incertaine, Washington prend le risque de se retrouver piégé par un système aussi coûteux qu’inefficace. Le Golden Dome pourrait accélérer une course aux armements dans laquelle les autres grandes puissances conservent un avantage : celui de la flexibilité et de la maîtrise des coûts.

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