«L’indépendance ne peut être la solitude» : depuis l’Île Longue, Macron entrouvre la porte de la dissuasion française à des «partenaires» européens
© Adnan Farzat Source: Gettyimages.ruInvoquant une «période de rupture» sur le plan géopolitique qui justifierait un «durcissement» de la doctrine nucléaire française, Emmanuel Macron a annoncé ce 2 mars depuis l'Île Longue la «mise en place progressive» d’une «dissuasion avancée» à laquelle participeraient des pays du continent européen.
« La France assumera donc toujours seule – en intégrant à sa réflexion les intérêts de nos alliés – le franchissement délibéré du seuil nucléaire ». Dans un discours à rallonge, teinté d’un en même temps dont il a le secret, Emmanuel Macron a présenté ce 2 mars depuis la base militaire l’Île Longue – située dans la rade de Brest – sa conception de l’avenir de la dissuasion nucléaire française.
De la même manière que les « intérêts vitaux » intrinsèques à la doctrine nucléaire française n’ont « jamais énoncés précisément, à dessein », le locataire de l’Élysée semble également avoir joué sur cette ambiguïté stratégique pour entrouvrir la porte de cette singularité tricolore à des « partenaires » européens.
S’il assure qu’« il n’y aura aucun partage de la décision ultime, ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre » de l’arme nucléaire, et que la définition de ces fameux intérêts vitaux « restera d’appréciation souveraine pour notre pays », Emmanuel Macron a également mis en avant « la dimension européenne » que ces mêmes intérêts vitaux auraient. Il a également estimé qu’« aujourd'hui plus que jamais, l’indépendance ne peut être la solitude ».
Une approche que l’actuel locataire de l’Élysée – dont le mandat présidentiel s'apprête à entrer dans sa dernière année – a baptisée « dissuasion avancée » et qui selon lui offrirait une « profondeur » aux forces stratégiques françaises au travers du « continent européen ». « La dissuasion avancée proposée à nos partenaires européens organise un épaulement stratégique nouveau, qui renforce la sécurité collective tout en maintenant la décision ultime au niveau national », a-t-il présenté. Un « épaulement » qui, a-t-il détaillé, prend la forme de capacités conventionnelles telles que l’« alerte avancée », la « défense aérienne élargie » ou encore la « frappe dans la profondeur » de territoires adverses.
« Dès cette année »
Dans la forme, les « premières étapes de cette coopération » voulue par Macron, autour de cette dissuasion nucléaire développée aux frais du contribuable français au fil des décennies, se concrétiseraient « dès cette année » au travers de « visites de sites stratégiques » et d’« exercices conjoints ».
Au-delà du Royaume-Uni dont de « hauts responsables » auraient « dès cet hiver […] assisté à des exercices de nos forces aériennes stratégiques », ou de l’Allemagne « partenaire clé de cet effort », figureraient également la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark d’après le président français.
Fort du fiasco annoncé du SCAF, qu’il avait tenu à recentrer sur les Allemands au lendemain du Brexit, Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé que Français, Britanniques et Allemands allaient « travailler ensemble à des projets de missiles de très longue portée ». Une collaboration qui, a-t-il précisé, s’inscrit « dans le cadre de l’initiative dite ELSA », pour European Long Range Strike Approach, lancée en 2024 et incluant également l’Italie, la Pologne et la Suède.
« Cela nous donnera de nouvelles options pour gérer conventionnellement l’escalade à l’heure où les adversaires déploient technologies et armements nouveaux », s’est-il notamment justifié dans ce discours où il a – une fois n’est pas coutume – pointé du doigt la Russie, mais également la Corée du Nord et la Chine.