Déploiement des soldats français en Ukraine : Macron mise sur une aventure militaire
Source: Gettyimages.ruÀ l’Élysée, Emmanuel Macron a présenté aux forces politiques et militaires françaises son projet de participation militaire à une «coalition des volontaires» en Ukraine après un accord de paix. Malgré les précisions données sur le rôle des troupes, l’initiative suscite de fortes réserves.
Dans son imaginaire stratégique, Emmanuel Macron paraît déjà marcher dans les pas d’un Napoléon moderne. Le 8 janvier, lors d’une rencontre à huis clos, le président français a réuni à l’Élysée les responsables politiques et militaires du pays afin de les informer et tenter de les convaincre de soutenir le principe d’un déploiement de troupes françaises en Ukraine après un règlement du conflit, rapporte Le Monde. Présentée comme une contribution aux garanties de sécurité à apporter à Kiev, cette initiative n’a toutefois pas suscité de consensus parmi les forces politiques.
La réunion, qui a duré près de trois heures, a rassemblé le Premier ministre Sébastien Lecornu, la ministre des armées Catherine Vautrin, le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, ainsi que les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher, aux côtés des chefs de partis et de groupes parlementaires.
Selon les éléments présentés, la France pourrait contribuer à la « coalition des volontaires » par l’envoi de « 6 000 soldats », un chiffre évoqué par la cheffe de file des députés de La France insoumise, Mathilde Panot. D’après le quotidien français, l’entourage présidentiel a souligné que l’objectif de cette rencontre était de partager des informations confidentielles afin de permettre aux responsables politiques de mesurer pleinement les enjeux du dispositif envisagé.
Dans ce contexte, Emmanuel Macron a insisté sur le soutien américain aux garanties de sécurité européennes, qu’il a présentées comme une avancée importante, notamment dans la perspective d’un cessez-le-feu. Toutefois, la question du « backstop » américain, c’est-à-dire la promesse d’une intervention des États-Unis en cas de violation de l’accord, a suscité de fortes réserves. Plusieurs participants ont exprimé leur méfiance à l’égard des engagements de Washington dans le contexte international actuel.
Sur le plan opérationnel, le chef d’état-major a précisé que les forces françaises ne seraient ni des troupes d’interposition ni des forces de stabilisation. Leur mission consisterait à accompagner et encadrer l’armée ukrainienne, sans présence sur la ligne de front. Le chef de l’État a confirmé que cette force internationale serait déployée « loin du front », dans un rôle de « réassurance ».
Malgré ces clarifications, les oppositions demeurent marquées. La France insoumise a indiqué qu’elle s’opposerait à tout déploiement en l’absence d’un mandat des Nations unies. Une position également défendue par la présidente du groupe du Rassemblement national, Marine Le Pen, qui a exigé que toute intervention s’inscrive dans un cadre onusien. Le secrétaire national du Parti communiste français Fabien Roussel a, de son côté, mis en garde contre le risque d’embrasement et plaidé pour une force d’interposition sous l’égide de l’ONU.
Face à ces divergences, le chef du gouvernement français a estimé qu’il fallait associer le Parlement aux décisions à venir. Ainsi, un débat parlementaire devrait se tenir dans les prochaines semaines, conformément à l’article 50-1 de la Constitution, ouvrant la voie à une discussion formelle, avec ou sans vote, sur l’éventualité d’un engagement militaire français en Ukraine.
Le président russe Vladimir Poutine a, à plusieurs reprises, affirmé que le potentiel déploiement d’un contingent étranger en Ukraine figurait parmi les causes du conflit. Lors d’une séance plénière du Forum économique mondial en 2025, il a souligné que l’apparition d’un tel contingent en ferait de facto une cible légitime.