Le recrutement des cadres en chute libre : un marché sous tension

Après des années de croissance, le recrutement des cadres marque un net recul en 2024, avec une baisse de 8% selon l’Apec. En 2025, la tendance se poursuit, plombée par l’incertitude économique et menacer encore un peu plus par les droits de douane de Trump.
Le marché de l’emploi des cadres, longtemps porté par une dynamique euphorique, traverse une crise inédite. Selon l’Association pour l’emploi des cadres (Apec), les embauches ont chuté de 8 % en 2024, avec 303 400 recrutements contre 329 600 en 2023. Pour 2025, les prévisions sont tout aussi sombres : une nouvelle baisse de 4 %, soit 292 600 embauches, faisant passer le volume sous la barre symbolique des 300 000. «La fête est finie», résume Gilles Gateau, directeur général de l’Apec, lors d’une conférence de presse le 3 avril 2025.
Premier retournement depuis la crise sanitaire
Ce retournement, le premier hors période Covid depuis plus de dix ans, contraste avec les années post-pandémie marquées par un rebond exceptionnel. Si la population globale des cadres reste stable grâce aux promotions internes (+1,8 %, soit 70 000 postes nets créés), les opportunités d’embauche se raréfient. «Il y a moins de mobilité, moins de perspectives», déplore Gilles Gateau, soulignant un changement radical par rapport à la période 2020-2023.
Tous les secteurs sont touchés, mais l’informatique, pilier traditionnel de l’emploi cadre, subit une chute brutale de 18 % en 2024. Les services à forte valeur ajoutée (ingénierie, recherche et développement) enregistrent une baisse de 10 %. Les jeunes diplômés, avec moins d’un an d’expérience, paient le prix fort : -19 % de recrutements en 2024, et -16 % prévus en 2025.
La cause de cette chute de l’emploi sur le marché des cadres semble s’expliquer par la contraction des investissements des entreprises, amplifiée par un climat économique incertain.
Les récentes annonces de Donald Trump, avec des droits de douane massifs pourraient intensifier la tendance.
Un attentisme généralisé
L’enquête de l’Apec, menée auprès de 8 000 entreprises entre novembre 2024 et janvier 2025, met en lumière un manque de visibilité sur les carnets de commandes. Les employeurs, échaudés par la guerre commerciale sino-américaine et ses répercussions mondiales, préfèrent geler leurs projets plutôt que de prendre des risques. Même les secteurs habituellement résistants, comme l’industrie ou les services, réduisent la voilure.
Pourtant, tout n’est pas noir. Les promotions internes compensent en partie la baisse des recrutements externes, maintenant le niveau global d’emploi cadre. Mais pour les candidats en quête de mobilité ou les nouveaux entrants, le marché se durcit.
En France, où un salarié sur cinq dépend de l’exportation selon le Medef, les répercussions sur l’emploi cadre pourraient s’intensifier. Dans ce contexte l’Apec appelle à une vigilance accrue, sans pour autant verser dans le pessimisme. Reste à savoir si 2025 marquera un simple coup de frein ou le début d’un déclin plus profond.