Nucléaire, «justice énergétique» et technologies : interview exclusive du ministre russe de l'Énergie sur la coopération russo-africaine

Dans une interview exclusive pour RT en français, Sergueï Tsiviliov présente la vision de Moscou pour le continent africain, fondée sur le respect mutuel et le rejet des pressions extérieures. De l’énergie nucléaire à la sécurité alimentaire et la cyberdéfense, la Russie mise sur le transfert de technologies pour bâtir une souveraineté.
Dans une interview exclusive accordée à RT en français enregistrée lors de sa tournée africaine, le ministre russe de l’Énergie, Sergueï Tsiviliov, a donné des détails sur la coopération entre la Russie et les pays africains dans divers domaines. Il a souligné que la partie russe s’engageait dans tous les projets selon un principe : celui de la « justice énergétique ».
« Il repose sur le respect mutuel, le rejet de toute domination ou pression, un accès équitable à l’ensemble des technologies énergétiques et un accès égal aux instruments financiers du secteur. Tout doit être fondé sur des conditions également avantageuses pour toutes les parties », a affirmé le ministre russe.
Il a notamment noté la volonté de la partie russe de partager ses nouvelles technologies et sa riche expérience avec ses partenaires. Ainsi, selon lui, la commission intergouvernementale Russie-Centrafrique a déjà signé deux feuilles de route, dont l’une concerne le groupe de travail sur l’énergie pour la période 2026-2028, et la seconde le groupe de travail sur l’exploitation du sous-sol. Par ailleurs, huit groupes de travail ont déjà été créés au sein de la commission intergouvernementale Russie-Togo. Sergueï Tsiviliov a précisé que chaque groupe « était validé par les deux parties et chacun d’eux répond à des enjeux concrets, ceux qui préoccupent les habitants du pays ».
Sécurité alimentaire et cybersécurité : la Russie est prête à aider
Au cours de l'interview, le ministre russe de l'Énergie a souligné l'importance, pour tous les pays, d'assurer la sécurité alimentaire, et la Russie est prête à fournir tout ce qui est nécessaire à cet effet. Par ailleurs, selon lui, outre les denrées alimentaires, la Russie fournit des vaccins pour les animaux, des engrais minéraux et promeut de nouvelles technologies dans le domaine de l’agriculture.
« Notre objectif, c’est de faire en sorte qu’à l’avenir l’agriculture de chaque pays soit si performante qu’ils puissent couvrir l’essentiel de leurs besoins grâce à leur propre production. Nous avons la même approche pour l’extraction des ressources minérales. Car souvent, cette extraction se faisait de manière prédatrice dans ces pays : la quasi-totalité des ressources était exportée, il ne restait presque rien à l’État lui-même. Notre objectif consiste à transmettre des technologies et à former les effectifs à leur usage, pour que, d’abord, l’exploitation respecte la nature et les exigences environnementales, et, bien sûr, pour qu’au final le produit soit exporté avec une valeur ajoutée maximale », a-t-il indiqué.
Sergueï Tsiviliov a également évoqué les avancées dans le domaine des technologies numériques. Selon lui, outre le développement de ces technologies, il est nécessaire de se former à la cybersécurité afin de les protéger. « La Russie dispose de savoir-faire solides en la matière, nous faisons en sorte que nos partenaires puissent acquérir ces compétences, qu’ils deviennent autonomes, qu’ils puissent développer leur propre cyberdéfense, protéger de l’ingérence de pays tiers toutes leurs solutions numériques. Et nous sommes prêts à partager et à transmettre les meilleures solutions numériques, prêts à former des spécialistes des solutions numériques », a-t-il ajouté.
Neuf petites centrales nucléaires commandées à la Russie
Abordant le secteur de l'énergie électrique, Sergueï Tsiviliov a désigné la construction de centrales nucléaires comme l'un des axes prioritaires. Selon lui, la Russie dispose d'un savoir-faire considérable dans le domaine de la production d'énergie nucléaire. « La Russie a d’énormes compétences dans le domaine nucléaire. Nous avons beaucoup de technologies éprouvées, beaucoup de centrales nucléaires, grandes et petites, terrestres et mobiles, sous forme de centrales flottantes. Nous sommes probablement le seul pays au monde à exploiter depuis sept ans une centrale nucléaire flottante », a-t-il souligné.
Selon le ministre russe de l’Énergie, la Russie compte actuellement neuf centrales nucléaires de faible puissance en commande, et de très nombreux candidats souhaitent passer des commandes supplémentaires pour ces installations. De plus, la Russie a déjà entamé la construction de centrales nucléaires de nouvelle génération à cycle fermé.
« Toutes nos centrales nucléaires correspondent aux normes de sécurité les plus rigoureuses, ce qui est très important pour la population, elles sont très fiables. Le développement de la production d’électricité nucléaire en Afrique est l’un des éléments clés pour fournir à tous les habitants du continent africain une électricité non seulement techniquement accessible, mais aussi financièrement abordable, à un coût que la population puisse assumer », a-t-il déclaré.
Sergueï Tsiviliov a effectué sa tournée dans plusieurs pays d'Afrique du 30 septembre au 3 octobre. Dans le cadre de son voyage de travail, il s'est rendu en République centrafricaine, au Togo et au Niger, où il a participé à la première réunion de la commission intergouvernementale Russie-RCA, ainsi qu'à la réunion de la commission intergouvernementale Russie-Togo. À Niamey, où s'est achevée la tournée africaine du ministre russe de l'Énergie, la création d'une commission intergouvernementale conjointe entre la Russie et le Niger a été annoncée.
