Ukraine : dernier tournant avant la victoire russe

Ukraine : dernier tournant avant la victoire russe
Ukraine : dernier tournant avant la victoire russe. [Image d’illustration générée par l’intelligence artificielle]
Suivez RT en français surTelegram

Le conflit en Ukraine entre dans une nouvelle phase, alors qu’une multitude de facteurs, parfois mis en place depuis des années, se rencontrent enfin et rapprochent résolument la Russie de la victoire. Explication d’Alexandre Regnaud.

Les Russes sont des joueurs d’échecs, parmi les meilleurs au monde, et cela se ressent nettement dans la manière, complexe, dont ils font la guerre. Pas tant sur le front en lui-même que dans tout ce qui l’accompagne : économie, logistique, diplomatie, politique, etc. Soit autant d’éléments parfois plus importants que les combats eux-mêmes, et que les Occidentaux négligent bien trop souvent.

Ils sont aussi particulièrement férus d’histoire. Mais à la différence des Occidentaux, qui l’oublient régulièrement et refont les mêmes erreurs, ils savent l’utiliser et se souvenir que, depuis la guerre de Sécession en 1861-1865, ce sont les capacités économiques et industrielles qui mènent à la victoire, presque plus encore que le champ de bataille. Une vérité largement confirmée par l’ensemble des conflits suivants, et que beaucoup ont sous-estimée.

Le résultat de cette combinaison, c’est une stratégie militaire qui s’adapte dès les premiers mois du conflit. C’est-à-dire dès qu’il a été clair, après l’échec des négociations d’Istanbul, que l’Ukraine servait de chair à canon aux véritables belligérants : l’hégémon occidental et ses pantins otaniens.

Cet Occident en a, paradoxalement, partiellement conscience, puisque les rapports de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) identifient une phase au printemps 2022 comme le début explicite de la guerre d’attrition, ou guerre d’usure. Mais ce que les Occidentaux n’ont pas compris, c’est que cette attrition ne concernait pas que le front, cela ils l’ont vu, mais aussi, et surtout, tout le reste (et on y revient) : économie, logistique, diplomatie, politique, etc. Un jeu d’échecs, en somme.

Et pour mener à bien une véritable guerre d’attrition, l’arme principale, c’est le temps. Ce que résume parfaitement cette sagesse asiatique ancienne : « Si tu t’assois au bord de la rivière assez longtemps, tu verras passer le cadavre de ton ennemi. » Et ce temps, la Russie l’a pris.

C’est ce qui explique qu’au désespoir de certains en Russie, et même ailleurs, on ait pu avoir l’impression de stratégies timorées, de coups retenus, de « mais pourquoi est-ce que telle ou telle infrastructure est bombardée seulement maintenant alors que la guerre dure depuis des années ». La réponse est simple : parce qu’on attend qu’un fruit soit mûr avant de le cueillir. Le jeu d’échecs, toujours.

Cela explique aussi que toutes les ressources militaires ne soient pas mobilisées sur le front ukrainien. Ce que montrent une fois de plus, par exemple, les exercices « Tsentr-2026 » du 28 septembre au 3 octobre, principalement dans l’Oural russe et en mer Caspienne, avec environ 47 000 militaires engagés, dont des soldats de Chine, de Biélorussie, du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan, de Mongolie et du Pakistan. Pensez-vous que l’Ukraine puisse se permettre de distraire ainsi ses soldats pour des exercices internationaux massifs, comme le fait régulièrement la Russie ?

C’est aussi ce sous-entendu, et pas seulement la menace nucléaire, qu’il faut comprendre dans les déclarations récentes du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, ou de l’ancien président russe Dmitri Medvedev, quand ils parlent de guerre « complètement différente et très courte » en cas d’agression européenne ouverte contre la Russie.

Et le temps passant, le joueur d’échecs, ayant disposé toutes ses pièces, approche maintenant du moment de cueillir le fruit de la victoire. Ce qu’un certain nombre de signaux, pas tous si faibles que ça, montrent bien, pas tant sur le front justement que partout ailleurs.

C’est encore le journal britannique The Guardian qui le résume le mieux : « La capitale ukrainienne entre dans la phase la plus difficile du conflit depuis les premiers jours de la confrontation, en raison de l’intensification des frappes des forces armées russes sur Kiev. » Situation suffisamment sérieuse pour que, d’après la même source, les pays occidentaux, qui faisaient jusqu’alors les fiers, aient élaboré des plans de secours pour transférer leurs ambassades hors de Kiev en cas de nouvelle détérioration. Ce qui ne manquera pas de venir.

Il faut comprendre que les récentes frappes sur les ponts n’affectent pas que la circulation (y compris et avant tout militaire). Sous ces ponts passent aussi les tuyaux de chauffage urbain et les fibres de télécommunication. Ajoutez à leur coupure les 27 frappes combinées récentes sur les centres de données dans tout le pays, et on approche de sérieuses difficultés avec internet, c’est-à-dire aujourd’hui avec… tout.

Ajoutez encore à cela que, les usines ayant été détruites, l’Ukraine ne produit plus d’acier pour la première fois depuis un siècle. Qu’elle n’exporte plus de produits agricoles parce que les ports sont bombardés et les bateaux coulés. Que le transport ferroviaire n’a plus de locomotives. Que les infrastructures énergétiques sont dans un état très précaire, qu’une campagne de bombardement d’hiver pourrait achever. Que la population commence à gronder malgré la répression de la junte, avec une récente (mais certes très modeste) manifestation contre la guerre dans les rues de Kiev, et des révoltes de plus en plus courantes contre le recrutement forcé et la « busification » des conscrits dans tout le pays.

L’ensemble sur fond de corruption galopante de plus en plus visible, de fuite du procureur général Kravchenko, de l’ancien ministre de la défenseFedorov, des différents services de sécurité qui se tirent dessus en pleine rue dans un climat de grand banditisme. Le tout ajouté au fameux trou de 27 milliards d’euros apparu malgré les milliards déversés par l’Occident.

Pendant ce temps, la Russie a patiemment mis en place la constellation de satellite Rassvet, équivalent du système occidental Starlink, effaçant ainsi un des derniers avantages stratégiques de Kiev (raison pour laquelle ils s’excitent particulièrement sur ce sujet ces derniers jours) et augmentant d’autant le potentiel des forces armées russes, y compris sur le front.

Et chez les vrais maîtres ? En Occident ?

Eh bien, c’est là que la politique d’attrition porte le mieux ses fruits. Ils sont le véritable ennemi, et ils sont en réalité les plus touchés.

Prix de l’énergie, prix du carburant, réserves de gaz historiquement basses, faillites d’entreprises, situation du marché de l’emploi, dette record, économies exsangues, récession (Allemagne, Italie), impopularité record des dirigeants (Merz, Macron), vol des élections et crise démocratique (Hongrie, Roumanie, Moldavie), insécurité, violence, et on pourrait encore en ajouter, mais le tableau est assez clair. L’Europe approche du stade de mort-vivant et seuls les États-Unis s’en sortent un peu mieux, mais à peine.

D’ailleurs, ils viennent de concéder leur défaite définitive en Irak, en se retirant enfin du pays. Ils ont montré au monde entier que l’Iran, un pays sous sanctions depuis des décennies, pouvait les humilier, qu’ils n’ont plus la capacité industrielle de faire leurs guerres et même qu’ils n’ont (presque) plus de munitions. Leurs chars se sont montrés inadaptés et inutiles en Ukraine, tout comme leurs tactiques militaires, et ils ont un retard considérable sur les drones et sur l’hypersonique.

Résultat, de plus en plus de pays commencent à lâcher l’Ukraine plus ou moins ouvertement.

Bien sûr, Merz vient encore de promettre un milliard. Mais son pays s’effondre, il perd toutes les élections et 82 % des Allemands le détestent.

Et quand Zelensky est venu mendier les fameux 27 milliards, l’Union européenne lui a répondu qu’il n’y avait plus d’argent et qu’il devrait se débrouiller autrement. Idem pour les aides réclamées en compensation de l’arrêt des exportations agricoles, conséquence des bombardements russes.

Roumanie et Pologne s’y opposent, et les Polonais vont plus loin, leur ministre des Infrastructures affirmant que son pays ne comptait pas augmenter le flux en provenance d’Ukraine pour compenser cette perte.

Diplomatiquement, même s’ils n’étaient pas non plus leur soutien le plus acharné, ce sont aussi les Sud-Coréens qui réclament des excuses à Zelensky et parlent même de sanctions à la suite de la trahison au grand jour d’un accord secret concernant des prisonniers nord-coréens.

À tout point de vue, on sent distinctement que quelque chose commence ouvertement à se déliter, et cela, c’est en grande partie le résultat de la stratégie d’attrition à long terme de la Russie.

L’Occident, au premier rang duquel l’Union européenne, s’est détruit économiquement avec ses propres sanctions. Or, ce sont eux qui paient la guerre. Ils ont également exposé leur faiblesse militaire, matérielle comme industrielle. Pourtant, ce sont eux qui gèrent les armes et la stratégie. Avec le temps, le fruit n’a pas seulement muri, il a complètement pourri.

Alors, quand arrive le moment où Kiev aurait le plus besoin d’aide, quand la Russie commence (enfin, diront certains) à moins retenir les coups et à bombarder méthodiquement les points clés de l’économie et de la logistique, il n’y a plus d’armes pour les protéger et plus d’argent pour les compenser.

Toutes les pièces ont été soigneusement mises en place depuis des années, et il ne reste plus que quelques coups à jouer pour tout faire tomber. C’est bel et bien un tournant de la guerre, et c’est sans doute un des derniers avant le constat final : échec et mat.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Raconter l'actualité

Suivez RT en français surTelegram

Le plus populaire

En cliquant sur "Tout Accepter" vous consentez au traitement par ANO « TV-Novosti » de certaines données personnelles stockées sur votre terminal (telles que les adresses IP, les données de navigation, les données d'utilisation ou de géolocalisation ou bien encore les interactions avec les réseaux sociaux ainsi que les données nécessaires pour pouvoir utiliser les espaces commentaires de notre service). En cliquant sur "Tout Refuser", seuls les cookies/traceurs techniques (strictement limités au fonctionnement du site ou à la mesure d’audiences) seront déposés et lus sur votre terminal. "Tout Refuser" ne vous permet pas d’activer l’option commentaires de nos services. Pour activer l’option vous permettant de laisser des commentaires sur notre service, veuillez accepter le dépôt des cookies/traceurs « réseaux sociaux », soit en cliquant sur « Tout accepter », soit via la rubrique «Paramétrer vos choix». Le bandeau de couleur indique si le dépôt de cookies et la création de profils sont autorisés (vert) ou refusés (rouge). Vous pouvez modifier vos choix via la rubrique «Paramétrer vos choix». Réseaux sociaux Désactiver cette option empêchera les réseaux sociaux de suivre votre navigation sur notre site et ne permettra pas de laisser des commentaires.

OK

RT en français utilise des cookies pour exploiter et améliorer ses services.

Vous pouvez exprimer vos choix en cliquant sur «Tout accepter», «Tout refuser» , et/ou les modifier à tout moment via la rubrique «Paramétrer vos choix».

Pour en savoir plus sur vos droits et nos pratiques en matière de cookies, consultez notre «Politique de Confidentialité»

Tout AccepterTout refuserParamétrer vos choix