Des manifestations lycéennes et étudiantes embrasent la France. Pour le gouvernement, tout le monde est responsable, de LFI à la Russie. Selon Karine Bechet, les élites gouvernantes ne peuvent reconnaître leur responsabilité dans le désastre social en France, car elles devraient se remettre en cause. Ce qui est exclu.
Le 17 septembre, des manifestations lycéennes et étudiantes ont commencé tout d’abord à Paris, puis le mouvement s’est répandu dans différentes villes de France pour finir par perturber plus de 500 lycées. Les revendications initiales étaient saines : remédier au manque chronique de moyens dans l’enseignement, revoir cette imposture de Parcours Sup, remplacer les enseignants absents... Elles s’étendent à d’autres secteurs de la société.
Ce mouvement est soutenu par la gauche, notamment activement par LFI. À quelques mois des élections présidentielles, le pouvoir ne peut se permettre un véritable mouvement populaire, qui pourrait embraser la société française, déjà au point de rupture.
L’évolution de la situation est classique : infiltrer le mouvement par des groupes violents, provoquer du désordre et finir par utiliser le gaz, les tirs de LBD sur les manifestants, interpellés en masse.
Car n’ayez aucun doute, il n’y a pas de place pour les véritables revendications populaires dans les pays occidentaux, libéraux, démocratiques. Seuls les pays non-alignés doivent regarder sans réagir les violences des manifestants formés et rémunérés depuis l’étranger pour leurs actions, puisque toute manifestation y est a priori et sans discussion « pacifique aux cocktails molotov ». Si vous avez un doute, souvenez-vous de la Biélorussie ou de la Géorgie et des tentatives occidentales d’y renverser le pouvoir.
Alors on gaze, on tire, on interpelle
Mais que pourraient reprocher les Français au pouvoir ? Depuis quand, des lycéens voudraient apprendre ? Et en plus dans de bonnes conditions ? Depuis quand les gens voudraient-ils vivre normalement ? Quelle indécence ! Quelle idée !
Alors, on gaze, on tire, on interpelle. Et on discrédite. Comme ce fut le cas pour les Gilets jaunes. La technique a fonctionné, il n’y a aucune raison de la changer.
Qui s’intéresse encore aux revendications initiales ? Tout le monde ne parle plus que des magasins vandalisés, des incendies provoqués dans les bâtiments scolaires, de toute cette violence, qui permet de détourner le regard et l’attention du véritable problème.
Comme ce fut le cas avec les Gilets jaunes.
Et les interpellations et les violences policières permettent de faire peur à ceux et celles qui voulaient réellement exprimer de saines revendications. Plus de 5 000 interpellations, quand même.
Alors que le gouvernement fait semblant de réfléchir à des concessions symboliques et annonce la reprise de ce fameux « dialogue social », qui n’est qu’une mise en scène de la trahison sociale, les accusations pleuvent.
LFI, gauche soi-disant populiste, plutôt mondialiste version néotrotskysme – sans frontières et sans État –, est dans le viseur. Ils seraient derrière ce mouvement, comme s’ils en avaient la carrure. En tout cas, ils se créent ainsi (avec l’aide du gouvernement et des médias) une figure d’opposants. C’est toujours bon avant les élections, surtout que s’ils sont élus, ils suivront à la lettre le programme globaliste.
Ce mouvement inquiète tant, qu’il devient nécessaire d’en revenir à la Russie. Car les revendications dépassent le cadre étudiant, pour toucher la baisse en général du niveau de vie, le prix de l’essence, etc.
La faute à la Russie
Ainsi, LCI nous sort un Dominique Moisi, avec le titre aussi ronflant que creux de « conseiller à l’Institut Montaigne », pour expliquer au bon peuple de France, à celui qui n’est pas dans la rue, que ce n’est pas la peine de penser à y aller... puisque c’est la Russie qui est derrière cela. Certes, on ne peut pas le prouver, on ne le pourra jamais, mais ce n’est pas à exclure. Ce n’est jamais à exclure. C’est la Russie.
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, avait donné le ton : si vous estimez qu’un acte ou un événement est potentiellement imputable à la Russie, ne vous gênez pas, accusez-la. Dieu reconnaîtra les siens.
Un ennemi, ça sert à ça. À lui imputer tous les torts, à faire taire toute contestation intérieure et à justifier tous les excès politiques.
Comment accepter les revendications sociales, sans se remettre en cause ? Impossible. Ces élites sont en place justement pour conduire la politique qu’elle mène. Pour détruire la France et l’asservir.
La destruction volontaire de l’école permet de créer des générations d’idiots – précaires, dociles, manipulables.
La précarisation volontaire de la population, avec baisse du pouvoir d’achat, chômage de masse, précarité de l’emploi oblige les gens à penser à leur survie quotidienne, sans avoir le temps, la force et l’envie de poser et se poser des questions.
Et si quelqu’un lève la tête, la sort du brouillard, et ose s’interroger, revendiquer des changements, c’est simple, il ne peut être que l’instrument ou l’agent de l’ennemi.
Les élites ne tiennent plus compte de la volonté populaire
De nombreux mouvements sociaux ont secoué la France ces dernières années. Des millions de Français sont sortis contre le mariage gay. Des millions sont sortis avec des Gilest jaunes pour demander des conditions de vie décentes. Les manifestations de différents secteurs sont courantes.
Rien n’est jamais fait. Soit les syndicats, corrompus et vendus, étouffent le conflit social. Soit la répression s’abat sur les gens et les médias discréditent leur mouvement. Soit les gens se démoralisent.
Les élites françaises ne tiennent plus compte de la volonté populaire, elles ne se souviennent du peuple qu’avant les élections, avec un peu d’angoisse : sera-t-il encore possible d’avoir les résultats nécessaires avec des mécanismes démocratiques, qui ne leur sont pas adaptés ?
Ce n’est pourtant pas une raison de cesser de se battre. Pour son pays. Pour sa terre. Pour sa vie.
Car c’est bien ce qui est en jeu.
Et l’ennemi n’est pas quelque part, loin à l’Est. Il est au pouvoir. En France même.
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