Iran : pourquoi Trump a-t-il déjà perdu ?

Iran : pourquoi Trump a-t-il déjà perdu ? Source: Gettyimages.ru
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La guerre d’agression contre l’Iran est loin d’être terminée et pourtant les États-Unis l’ont déjà perdue. Pour Alexandre Regnaud, ce qu’ils ont perdu dès à présent, c’est toute leur crédibilité. Et cela aura des conséquences majeures sur la marche du monde. 

La guerre israélo-américaine contre l’Iran suit son cours, bien que les premiers signaux apparaissent, du côté américain, montrant que l’on se dirige vers une fin prochaine. Le gouvernement iranien ne sera pas renversé, même le National Intelligence Council américain le reconnait. Certes, il y a des pertes iraniennes, mais leur capacité de réponse reste globalement intacte. Bref, aucun des objectifs ne sera atteint, même si Trump clamera bruyamment le contraire pour se sortir du bourbier dans lequel il s’est enfoncé. 

Mais s’il est malgré tout prématuré de clamer une victoire iranienne, il est par contre possible d’inventorier tout ce que les États-Unis ont d’ores et déjà perdu, et d’en anticiper les conséquences. 

Tout d’abord, les États-Unis ont perdu toute crédibilité militaire. 

Elle avait certes été déjà bien entamée par la Russie, qui a montré que l’on pouvait résister, et gagner, militairement contre une armée américaine… enfin de l’OTAN… je veux dire ukrainienne… dans un conflit de haute intensité. 

À son tour, l’Iran montre qu’avec une bonne stratégie et une bonne préparation, il est possible de le faire également dans une guerre asymétrique. Et pas étalé sur 10 ou 20 ans comme en Irak ou en Afghanistan, mais instantanément. 

On pense ici particulièrement à la démonstration de l’inefficacité totale des « dômes » et autres « boucliers » antiaériens, incapables de défendre correctement, dès le premier jour, jusqu’aux bases américaines elles-mêmes. Le symbole le plus humiliant étant, dès le 3 mars, le New York Times reconnaissant la destruction de plusieurs sites radars essentiels, pour une valeur de plusieurs milliards de dollars, et dans pas moins de cinq pays alliés des États-Unis.

Également, la disparition quasi-totale des fameux groupes aéronavals (les porte-avions et leur escorte), cachés à plusieurs centaines de kilomètres des côtes et totalement inopérants. Le CENTCOM américain a beau nier que l’USS Abraham Lincoln a été touché comme le revendique l’Iran, il n’empêche que ce fer de lance et symbole de l’interventionnisme impérialiste américain a disparu au large. 

Ainsi, l’opération spéciale russe a été la première étincelle qui a permis à certains pays plus audacieux de commencer à s’affranchir de l’Occident. L’élargissement récent des BRICS en est la meilleure preuve et n’aurait sans doute pas eu lieu sans cette démonstration russe, militaire et économique, de résistance à l’empire américain et à ses colonies européennes. L’Iran ouvre un nouveau chapitre, montrant à des pays plus faibles, avec moins de moyens, que c’est parfaitement possible et qu’il ne faut plus craindre outre-mesure l’ogre américain et ses menaces permanentes. Une réalité qui s’adresse aussi, en premier lieu, aux anciens alliés des États-Unis. 

Ce qui nous amène au deuxième point : les États-Unis ont perdu toute crédibilité politique. 

Les pays du Golfe sont depuis des décennies particulièrement soumis aux États-Unis, hébergeant les bases militaires américaines servant à agresser leurs voisins et à surveiller leur pétrole, et garantissant le système du pétrodollar. Certains pensaient peut-être naïvement qu’il s’agissait de protéger leurs revenus. Les Iraniens leur ont montré par la preuve qu’ils s’étaient fait avoir. Car la seule chose que les Américains ont cherché à protéger, c’est Israël.

Face à des ressources en réalité plus que limitées, révélant au passage leur faiblesse industrielle, les États-Unis ont en effet affecté en priorité les moyens de protection à leur seul véritable allié de la région. C’est précisément ce que dénonce cet officiel saoudien, interrogé par Al Jazeera, et dont la vidéo a fait le tour des réseaux sociaux locaux : « L'Amérique nous a abandonnés et a concentré ses systèmes de défense sur la protection d'Israël, laissant les États du Golfe, où se trouvent ses bases militaires, à la merci des missiles et drones iraniens ». 

La conséquence logique, c’est la tribune tonitruante de Khalaf Ahmad Al Habtoor, milliardaire émirati très influent, adressée aux États-Unis : « nous ne voulons pas de votre protection. La seule chose que nous voulons, c’est que vous restiez loin de nous ». 

Il est ainsi parfaitement possible d’anticiper que les États-Unis s’apprêtent, à moyen terme, et une fois le conflit passé, à perdre une partie de leurs « alliés » dans la région, ce qui serait un véritable séisme géopolitique et un revers majeur pour l’impérialisme américain. 

D’autant plus que ce précédent devrait en faire réfléchir d’autres, particulièrement en Asie. Ainsi, la Corée du Sud, sous occupation militaire américaine de fait, s’est vue malgré tout retirer ses missiles antiaériens, comme son président, Lee Jae-Myung, l’a déploré publiquement, et bien que Séoul s'y soit opposée. 

Les manquements des États-Unis au Moyen-Orient, renforcés par son comportement en Asie, prouvent au grand jour, s’il en était besoin, que l’alliance avec les États-Unis ne vaut rien en dehors de la soumission et des prédations qu’elle implique. Puissance industrielle, et donc militaire, déclinante, l’Amérique est incapable de son impérialisme pourtant omniprésent. Certains experts le soulignent depuis longtemps, la réalité vient de l’exposer à tous au grand jour. 

Et le tableau de perte de crédibilité ne serait pas complet sans évoquer les négociations diplomatiques. Les États-Unis ont ainsi définitivement perdu toute confiance en leur parole. 

Il a déjà été souligné, particulièrement par les autorités d’Oman en charge de la médiation, que la coalition israélo-américaine (on trouve aussi le sobriquet de coalition Epstein sur les réseaux sociaux) a agressé l’Iran en plein cycle de négociations, et alors que des concessions majeures avaient été acceptées. Comme pour les alliances, la preuve par l’exemple que la parole des États-Unis ne vaut rien. Une leçon déjà bien prise en compte par la Russie dans le cadre de l’Ukraine. Mais aussi une leçon pour tout pays amené à échanger avec eux dans un cadre politique comme commercial. La fameuse phrase de Kissinger qu’il « peut être dangereux d'être l'ennemi de l'Amérique, mais être son ami est fatal » n’a jamais été aussi vraie. 

On ne reviendra pas ici sur la perte totale de crédibilité de Trump, particulièrement dans son propre camp. Prélude à sa perte de majorité au Congrès, voire au Sénat, lors des « midterms », et le cas échéant, à la perte de son mandat lui-même par « impeachment ». 

Bref, alors que le conflit bat encore malheureusement son plein, les États-Unis ont déjà beaucoup perdu, et s’apprêtent à perdre beaucoup plus. Compte tenu de tout ce que nous venons d’évoquer, il est en effet impossible d’envisager que la domination actuelle du pays sur le Moyen-Orient reste en l’état, présageant d’une redistribution massive des équilibres mondiaux sur fond de décadence désormais prouvée dans les faits de l’empire américain. 

Et si l’on se prend à établir des perspectives globales à plus long terme, l’indépendance retrouvée des pays du Golfe porterait un coup fatal au système du pétrodollar. C’est-à-dire l’effondrement d’un système économique américain qui repose intégralement sur une dette abyssale, uniquement possible en raison du statut de sa monnaie, garantie en grande partie par sa place dans les échanges énergétiques mondiaux, et donc par son utilisation quasi exclusive au Moyen-Orient. Plus de dollars à l’infini, plus de puissance militaire, par ailleurs déjà assez entamée en réalité comme nous l’avons constaté. Plus de puissance militaire, plus de contrainte, plus de soumission, et donc encore moins de dollars. Bref, un engrenage infernal dont le résultat sera la chute définitive de l’empire américain et de tout ce qui va avec. Finalement Trump réussira peut-être à amener la paix dans le monde… en détruisant un des principaux facteurs de conflit planétaire : son propre pays. 

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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