Frappe israélienne, la Syrie face au risque d’embrasement malgré sa stratégie d’évitement
© Getty ImagesLa Syrie tente de rester à l’écart du conflit régional malgré l'accumulation de frappes israéliennes. Des pressions l’incitent à s’opposer au Hezbollah, mais Damas refuse l’escalade. Fragile, le pays privilégie la défense de ses frontières pour éviter un embrasement.
Restée jusqu’ici en retrait de la guerre déclenchée le 28 février par Washington et Tel-Aviv contre Téhéran, la Syrie voit néanmoins la pression monter à ses frontières. Les frappes israéliennes menées dans la nuit du 19 mars contre des positions du gouvernement dans la région de Soueida marquent une nouvelle étape, susceptible de fragiliser la stratégie de neutralité adoptée par Damas.
Officiellement justifiées par la protection des populations druzes, ces opérations ont visé des infrastructures militaires et surviennent dans un contexte déjà tendu entre le pouvoir central et certaines factions locales.
Israël bombarde mais quémande l'aide de Damas
Dans ce bastion du sud, des affrontements ont opposé les forces gouvernementales à des groupes armés druzes, notamment la « Garde nationale », qui conteste l’autorité de l’État. Ces heurts, ponctués de tirs de mortier et de bombardements urbains, témoignent d’une instabilité persistante dans une zone échappant partiellement au contrôle de Damas. Si ces violences ne sont pas inédites, leur coïncidence avec les frappes israéliennes leur confère une portée régionale accrue.
Pour de nombreux analystes, ces raids dépassent la seule question locale. Ils s’inscrivent dans une logique de signal stratégique : Israël entend démontrer sa capacité à élargir le conflit au-delà de l’Iran et du Liban, et à intervenir directement en Syrie si ses intérêts sécuritaires sont menacés. Le contexte régional renforce cette lecture, alors que les combats s’intensifient au Liban depuis l’entrée en guerre du Hezbollah début mars.
Parallèlement, des pressions seraient exercées par les États-Unis et Israël sur Damas pour l’inciter à s’impliquer davantage, notamment en ciblant les positions du Hezbollah dans la Békaa. Une telle option repose sur l’idée que les autorités syriennes disposent d’informations précises sur les arsenaux du mouvement libanais, héritées de la période où les transferts d’armes étaient coordonnés depuis leur territoire. Jusqu’à présent, le pouvoir syrien refuse cependant de franchir ce cap, conscient des risques d’escalade.
Face à ces sollicitations, Damas bénéficie du soutien de plusieurs puissances régionales, dont l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Égypte et la Turquie, qui encouragent le maintien d’une ligne prudente. Le gouvernement syrien insiste sur sa volonté d’éviter toute implication directe, tout en renforçant ses dispositifs sécuritaires le long de la frontière libanaise afin de contenir d’éventuelles infiltrations.
Affaiblie par des années de guerre et encore en phase de consolidation, la Syrie ne dispose ni des moyens militaires ni de la stabilité interne nécessaires pour soutenir une confrontation ouverte. Sa priorité reste la sécurisation de son territoire et la prévention d’un débordement du conflit. Mais à mesure que les tensions régionales s’intensifient, sa marge de manœuvre se réduit, exposant le pays au risque d’être entraîné, malgré lui, dans une guerre qu’il cherche à éviter.