Trump étudie la prise de contrôle de l’île iranienne de Kharg, artère du pétrole de Téhéran
Minuscule territoire du golfe Persique, l’île de Kharg concentre l’essentiel des exportations pétrolières de l’Iran. Dans ce contexte d’escalade militaire entre Washington et Téhéran, certains analystes estiment que sa prise ou son contrôle pourrait devenir un levier stratégique majeur pour l’administration de Donald Trump.
Au cœur des tensions croissantes entre les États-Unis et l’Iran, une petite île du golfe Persique attire désormais l’attention des stratèges militaires et des analystes énergétiques : l'île de Kharg.
Située au nord-ouest du stratégique détroit d'Ormuz, cette île d’à peine 20 km² constitue pourtant un maillon essentiel de l’économie iranienne. Selon les estimations, près de 94 % des exportations de pétrole brut du pays transitent par son terminal pétrolier, principale porte de sortie de l’or noir iranien vers les marchés internationaux, notamment vers la Chine.
Dans le cadre du conflit en cours, Donald Trump a affirmé que des frappes américaines avaient « anéanti » des installations militaires iraniennes présentes sur l’île, tout en épargnant pour l’instant ses infrastructures pétrolières.
Selon plusieurs sources citées par le média américain Axios, des discussions auraient eu lieu au sein de l’administration américaine sur la possibilité de prendre le contrôle de cette position stratégique. Une telle opération pourrait, selon certains experts, priver l’Iran de sa principale source de revenus et porter un coup durable à son économie.
« La prise de l’île couperait la principale artère pétrolière de l’Iran, essentielle pour le régime », estime Petras Katinas, chercheur spécialisé dans l’énergie et la défense au sein du Royal United Services Institute. Selon lui, contrôler Kharg pourrait offrir à Washington un puissant levier dans d’éventuelles négociations à venir.
Un risque militaire important
La situation dans la région reste cependant extrêmement volatile. Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz aurait largement ralenti après que les gardiends de la révolution islamique ont affirmé exercer un contrôle total sur cette voie maritime stratégique par laquelle transite une part importante du pétrole mondial.
Cette paralysie menace déjà les chaînes d’approvisionnement mondiales. Les prix du pétrole ont brièvement dépassé les 100 dollars le baril avant de refluer, tandis que des responsables iraniens ont évoqué la possibilité d’un bond jusqu’à 200 dollars si les hostilités s’intensifient.
Pour certains analystes, l’île pourrait également servir de monnaie d’échange diplomatique. Les exportations de pétrole représentent près de 40 % du budget de l’État iranien, ce qui confère à Kharg une importance stratégique majeure.
Toute tentative de prise de contrôle de l’île comporterait toutefois des risques militaires importants. Des troupes américaines ou israéliennes stationnées sur place pourraient devenir des cibles directes pour les forces iraniennes.
D’autres experts estiment qu’une telle opération pourrait déstabiliser davantage les marchés énergétiques mondiaux. Neil Quilliam, analyste en politique énergétique au sein de Chatham House, juge peu probable une occupation durable de l’île mais avertit qu’une telle décision pourrait provoquer une forte réaction des marchés.
Kharg n’est pas étrangère aux conflits régionaux. L’île avait déjà été la cible d’attaques de l’Irak de Saddam Hussein en 1984, durant la guerre Iran-Irak, déclenchant alors la « guerre des pétroliers » dans le Golfe.
Fait notable, Donald Trump avait lui-même évoqué l’île dès 1988 lors de la promotion de son livre The Art of the Deal, affirmant qu’il n’hésiterait pas à frapper Kharg en cas d’attaque iranienne contre des intérêts américains.