Messages divulgués par Trump : un test de solidité pour l’alliance euro-américaine
Source: Gettyimages.ruLa publication par Donald Trump de messages privés échangés avec plusieurs responsables internationaux a provoqué un malaise dans les milieux politiques européens. L’épisode relance le débat sur la confidentialité des échanges diplomatiques, la fiabilité des canaux informels et la solidité réelle de la confiance entre alliés occidentaux.
Sur fond de tensions récurrentes entre les États-Unis et l’Europe, on voit apparaître, dans plusieurs médias occidentaux, des articles de plus en plus sévères à l’égard des déclarations et des gestes de Donald Trump. Dans ce contexte, Politico met l’accent sur un point précis : la question de la fiabilité de la relation transatlantique et de la confiance entre partenaires.
L’idée générale qui se dégage est que l’alliance transatlantique ne se présente plus comme un socle stable, mais comme un mécanisme plus incertain, où chacun hésite à considérer l’autre comme pleinement prévisible. Cet arrière-plan est renforcé, d’après les éléments évoqués, par plusieurs épisodes de désaccords, notamment les propos de Trump sur le Groenland et la décision de sanctionner certains pays européens ayant soutenu le Danemark.
Cependant, ce qui a provoqué le plus de malaise dans les milieux politiques et diplomatiques ne serait pas une divergence stratégique, mais la publication de messages privés : Trump a rendu publics des échanges reçus directement d’autres dirigeants, en les diffusant auprès de ses 11,6 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux.
Les messages dévoilés incluent notamment un échange où le président français Emmanuel Macron propose d’accueillir un G7 à Paris et d’inviter les Russes en marge, ainsi qu’un message du secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, dans lequel il félicite Donald Trump pour ses « réalisations incroyables » et conclut par une formule exprimant l’impatience de se rencontrer. Pour des diplomates cités, l’enjeu réside dans le fait que des échanges supposés privés ont été rendus publics.
Le problème est aussi opérationnel. Comme l’explique Politico à travers le témoignage d’un haut diplomate, les messages directs entre dirigeants constituent un outil de coordination rapide : ils permettent de clarifier des positions, de préparer une réponse commune avant toute communication officielle et d’éviter que la première réaction ne soit dictée par l’urgence médiatique.
Si la confidentialité n’est plus garantie, ces échanges risquent de passer par des circuits plus lourds, avec davantage d’intermédiaires et de validations, ce qui ralentit mécaniquement la prise de décision : « C’est très important. Après cela, personne ne peut lui faire confiance. À la place de n’importe quel dirigeant, vous ne lui diriez plus rien. Et c’est un moyen de communication essentiel, car il est rapide et direct. Dorénavant, tout passera par des couches bureaucratiques. »
Et puisqu’on parle de confidentialité diplomatique, impossible de ne pas relever la part de comédie involontaire. Quelques jours avant le début de l'opération militaire spéciale, Vladimir Poutine et Emmanuel Macron ont longuement échangé par téléphone ; quelques mois plus tard, leur conversation s’est retrouvée publiée dans les médias. Évidemment, là, ce n’était pas une fuite. C’était, disons, une apparition spontanée de transparence. Chacun choisit son indignation et sa morale, selon l’angle qui l’arrange.