Le Bourget : le plus grand rassemblement musulman d’Europe finalement autorisé, l'exécutif désavoué
© Wiki commonsLa Rencontre annuelle des musulmans de France (RAMF), qui doit réunir des dizaines de milliers de participants du 3 au 6 avril au parc des expositions du Bourget en Seine-Saint-Denis, a été autorisée par le tribunal administratif de Paris. Celui-ci a suspendu l’interdiction décidée par la préfecture de police de Paris.
La Rencontre annuelle des musulmans de France, interdite puis rétablie en urgence, se tiendra finalement du 3 au 6 avril. Le tribunal administratif de Paris suspend la décision préfectorale et renvoie l’exécutif à ses preuves.
Après une tentative d’interdiction par le ministre de l’Intérieur, le juge des référés a finalement estimé que les troubles à l’ordre public invoqués par le préfet « n’étaient pas établis par les éléments versés au dossier ».
L’événement, organisé par l’association Musulmans de France (ex-UOIF), va donc faire son retour après sept ans d’absence, avec des conférences, des débats, des stands commerciaux et un concours de mémorisation du Coran, dans un esprit de « dialogue et de cohésion », selon les organisateurs.
À la demande du ministre de l’Intérieur, @NunezLaurent, j’ai pris un arrêté interdisant la 40ᵉ édition de la Rencontre annuelle des musulmans de France, du 3 au 6 avril 2026, au Parc des Expositions de Paris – Le Bourget.
— Préfet de Police (@prefetpolice) April 2, 2026
Cette décision s’inscrit dans un contexte national et… pic.twitter.com/5rPUPP2V24
Risques sécuritaires et débats politiques
Dans son arrêté, la préfecture de police soulignait que l’événement « intervient dans un contexte international et national particulièrement tendu » et qu’il est « exposé à un important risque terroriste à l’égard de la communauté musulmane ». Elle cite notamment l’attentat qui aurait été déjoué le week-end dernier contre la Bank of America à Paris, qui « souligne l’acuité de la menace endogène ». Pourtant, cette attaque a été attribuée à des partisans de Téhéran qui n’auraient pas d’intérêt à frapper ce rassemblement. Par ailleurs, elle évoque le risque de mobilisation de « groupuscules d’ultradroite » dans un climat de « polarisation forte des débats », notamment après les élections municipales.
Des actions pourraient même être « téléguidées par des influences étrangères », mais la tenue de la RAMF a été jugée compatible avec les impératifs de l’ordre public. L’association organisatrice, souvent accusée de proximité avec les Frères musulmans, bien qu’elle s’en défende, avait prévu des thématiques sensibles : islamophobie, critique de la loi de 2021, place de l’islam dans le débat public. Ces sujets ont alimenté les controverses.
L’avocat Sefen Guez Guez, défenseur habituel des causes musulmanes, avait introduit un recours en référé-liberté devant le tribunal administratif de Paris et dénoncé « une décision inique ». Il se félicite de cette victoire obtenue devant les tribunaux face à l’exécutif.
Victoire! Le rassemblement annuel des musulmans de France aura bien lieu. pic.twitter.com/7k1m4F4rCm
— Sefen Guez Guez (@Me_GuezGuez) April 3, 2026
De nombreux élus de La France insoumise se sont indignés de la décision initiale. C’est notamment le cas de la présidente du groupe LFI à l’Assemblée, Mathilde Panot, qui a évoqué un « scandale », ou du député Thomas Portes, qui a estimé sur son compte X : « L’islamophobie d’État continue », avant de s’indigner : « La honte absolue. »
L’islamophobie d’état continue. Nunez interdit le rassemblement annuel des musulmans de France au motif que l’extrême droite menace d’y commettre des attentats.
— Thomas Portes (@Portes_Thomas) April 2, 2026
À qui va-t-on faire croire que la France ne peut sécuriser cet événement ?
Sous Macron on interdit aux musulmans de…
L’interdiction initiée par Laurent Nuñez fait écho à un contexte tendu, alors que le premier flic de France va présenter un nouveau projet de loi sur le séparatisme et l’entrisme islamiste, qui sera présenté fin avril en Conseil des ministres. Ce texte vise à compléter la loi de 2021, en permettant notamment la dissolution accélérée de structures ou le gel d’avoirs.
La RAMF, qui devait accueillir un débat sur les risques de cette législation pour l’État de droit, voit ainsi son autorisation s’inscrire dans un contexte plus large de durcissement sécuritaire. Les organisateurs, qui ont saisi la justice, contestent fermement une mesure qu’ils jugent discriminatoire.