Ce troisième épisode de La guerre froide inconnue montre comment s’enclencha l’engrenage d’un conflit commencé avant même la victoire sur le nazisme. Tandis qu’une lutte sans merci se livrait en Grèce, l’Occident finança la reconstruction de l’Allemagne pour faire d’elle le fer de lance de sa politique contre l’Union soviétique.
Automne 1944 : la Seconde Guerre mondiale n’est pas encore finie, mais les puissances cherchent déjà à s’assurer le contrôle des pays d’Europe centrale et des Balkans. Un premier partage est esquissé entre Staline et Churchill. Pour le camp occidental, pourtant allié de l’URSS, il s’agissait en réalité d’empêcher l’avancée des troupes soviétiques vers la Grèce. Quitte à devoir conclure des accords secrets ou tacites avec l’ennemi commun. Le sort de la Grèce fut bientôt scellé par ce qu’on appela ensuite la « Doctrine Truman ». Le soutien au gouvernement de droite et la répression des mouvements populaires se solda par des milliers de morts.
En cause : la peur occidentale des Partis communistes et de leur montée en puissance, en Grèce, comme plus tard dans toute l’Europe. Dès 1946 et avant même le discours de Fulton, les États-Unis, suivis par les pays d’Europe occidentale, adoptèrent une politique agressive, identifiant le communisme comme un ennemi contre lequel l’Occident devait lutter pour conserver sa prospérité menacée.
Le plan Marshall apparaît comme un élément de cette lutte, les pays bénéficiaires devant s’aligner sur les États-Unis. L’Allemagne de l’Ouest devint le fer de lance de cette politique, la vitrine de l’Occident en même temps qu’un centre de pression contre les zones contrôlées par l’Union soviétique. Celle-ci est contrainte de réagir, répondant à la création de la RFA par celle de la RDA, à la fondation de l’OTAN par celle du Pacte de Varsovie.
Le monde, désormais divisé, s’enlisait dans la guerre froide, alors que l’ONU devenait peu à peu l’instrument diplomatique docile des États-Unis.