L’Afrique veut reprendre la main sur son financement face au recul de l’aide occidentale

L’Afrique veut reprendre la main sur son financement face au recul de l’aide occidentale
Une carte de l’Afrique entourée de bâtiments financiers, de documents et de symboles de croissance économique.
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Face au recul de l’aide publique au développement et au changement des priorités des bailleurs occidentaux, les pays africains cherchent à reprendre la main sur leur financement. Mobilisation de l’épargne locale, meilleure valorisation des matières premières, réforme de la dette : l’Afrique avance vers une souveraineté financière plus affirmée.

Le financement du développement africain revient au cœur des débats, alors que l’aide extérieure se contracte et que les besoins du continent restent élevés. Un événement important s’est tenu le 9 avril à Abidjan, sous l’égide de la Banque africaine de développement : la signature du « consensus d’Abidjan ». Selon un article publié par Le Monde ce 9 mai, ce texte veut poser les bases d’une nouvelle architecture financière africaine, afin de mieux mobiliser le capital local et de réduire la dépendance envers les grandes institutions financières internationales.

L’Afrique dispose déjà d’une épargne domestique estimée à près de 4 000 milliards de dollars, notamment via les fonds de pension, les fonds souverains et les assurances. Mais ces capitaux restent trop peu investis sur le continent, faute de marchés financiers assez solides et à cause d’une perception du risque jugée trop élevée. Arthur Minsat, de l’OCDE, estime que les objectifs de développement durable pourraient être atteints si les gestionnaires africains investissaient 10,5 % de leur capital en Afrique.

Cette réflexion intervient dans un contexte moins favorable aux économies africaines. L’aide publique au développement est fragilisée par les coupes budgétaires aux États-Unis, le recentrage européen sur la défense et l’Ukraine. Ce recul montre les limites d’un modèle encore dépendant de décisions prises dans les capitales occidentales.

Matières premières et fiscalité : reprendre le contrôle

Cette volonté de souveraineté se retrouve dans les matières premières. Plusieurs pays africains refusent désormais d’exporter certaines ressources sans transformation locale. L'économiste Carlos Lopes mentionne notamment le Zimbabwe pour le lithium, le Gabon pour le manganèse, la Guinée pour la bauxite et la République démocratique du Congo pour le cobalt. L’objectif est clair : ne plus rester de simples fournisseurs de ressources brutes.

Le cobalt congolais, le lithium zimbabwéen, l’uranium nigérien, la bauxite guinéenne et le gaz mozambicain sont devenus stratégiques. Plusieurs États veulent donc renégocier leurs contrats pour capter une plus grande part de la valeur créée par leurs propres ressources, dans une économie mondiale longtemps favorable aux industriels étrangers.

Le dossier fiscal est tout aussi central. D’après les données citées par la CNUCED et l’Union africaine, l’Afrique perd environ 90 milliards de dollars par an à cause de l’évasion fiscale, des transferts de profits des multinationales, de la fraude et de la corruption. Ce montant dépasse l’aide publique au développement reçue par le continent. Pour plusieurs pays africains, la priorité est donc de récupérer les ressources qui leur échappent déjà.

Cette situation alimente la demande d’une réforme fiscale internationale menée à l’ONU, dans un cadre plus équilibré que celui dominé par l’OCDE. L’objectif est de taxer plus justement les multinationales selon leurs activités réelles sur le continent.

Dette et souveraineté financière

Reste le dossier de la dette. Les États africains devront rembourser 90 milliards de dollars de dette extérieure en 2026, alors qu’une dizaine de pays sont déjà en situation de surendettement. Cette pression limite leurs marges budgétaires et renforce la nécessité d’une position commune face aux créanciers.

Les pays africains cherchent donc à parler d’une seule voix. Les ministres des Finances et les banquiers centraux de pays émergents ont lancé le 15 avril, sous l’égide de l’ONU, une plateforme de pays emprunteurs pour mieux coordonner leurs positions. La création récente d’une agence africaine de notation va dans le même sens : proposer des évaluations plus équilibrées et réduire le coût d’accès aux marchés.

Au fond, l’Afrique ne veut plus seulement attendre l’aide extérieure. Elle cherche à mobiliser ses propres ressources, à imposer des partenariats plus équilibrés et à remettre en cause un système financier mondial longtemps structuré au profit des puissances occidentales. Cette orientation marque une étape vers une souveraineté financière plus solide et vers la fin progressive de rapports économiques hérités d’une logique néocoloniale.

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