La France est accusée d’avoir entravé une enquête pour crimes contre l’humanité au Gabon

La France est accusée d’avoir entravé une enquête pour crimes contre l’humanité au Gabon© Joel Bouopda Source: AP
Sur cette photo d'archives datant du 1er septembre 2016, des policiers gabonais montent la garde devant une barricade à la suite d'une manifestation post-électorale à Libreville, au Gabon.
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Une enquête du magazine Marianne affirme que le ministère français des Affaires étrangères aurait limité la transmission de documents demandés par la justice dans le cadre d’investigations sur la répression ayant suivi l’élection présidentielle gabonaise de 2016. Des soupçons portent sur une possible implication de ressortissants français.

Le ministère français des Affaires étrangères est accusé d’avoir entravé une enquête judiciaire portant sur les violences survenues au Gabon après l’élection présidentielle de 2016. Selon une enquête publiée le 5 mars par l’hebdomadaire Marianne, le Quai d’Orsay aurait transmis une partie seulement des documents demandés par les enquêteurs chargés d’examiner ces faits, susceptibles de relever de crimes contre l’humanité.

La justice française s’est saisie du dossier à la suite de deux plaintes déposées après l’assaut du quartier général de l’opposant Jean Ping à Libreville, dans un contexte de crise politique majeure. Le 31 août 2016, la commission électorale gabonaise avait annoncé la réélection du président Ali Bongo. Un résultat contesté par l’opposition qui avait déclenché d’importantes manifestations dans le pays.

La répression menée par les forces de sécurité avait alors fait de nombreux blessés et morts, selon des témoignages recueillis à l’époque. Le QG de campagne de Jean Ping aurait notamment été mitraillé depuis un hélicoptère, tandis que des hommes armés pénétraient dans le bâtiment. Des arrestations massives, ainsi que des accusations de torture, avaient été signalées.

35 documents sur 315 transmis aux enquêteurs

En France, l’enquête a été confiée à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH), un service rattaché à la gendarmerie nationale. Les magistrats instructeurs avaient demandé au Quai d’Orsay, en juillet 2020, la transmission de l’ensemble des échanges entre le ministère et l’ambassade de France à Libreville durant la crise, ainsi que toute information concernant d’éventuelles victimes ou témoins de nationalité française.

Selon Marianne, 315 documents susceptibles d’intéresser les enquêteurs auraient été identifiés par le ministère. Mais seuls 35 auraient finalement été transmis à la justice. « Le Quai d’Orsay a, dans un premier temps, établi une liste de documents. Il y en avait 315 qui pouvaient intéresser la justice. Et à la suite d’un examen de ces documents, ils ont décidé de n’en fournir que 35 », affirme Maël Jouan, auteur de l’enquête publiée par l’hebdomadaire.

Des documents internes consultés par le magazine montrent également les inquiétudes exprimées par certains cadres du ministère. « Nous donnons l’impression de vouloir couvrir les violences postélectorales de 2016 », écrit ainsi l’un d’eux dans un échange interne, alors que la justice relançait le Quai d’Orsay.

Des franco-gabonais impliqués dans la répression

Selon l’enquête, la décision de limiter la transmission des pièces aurait été prise par deux hauts responsables du ministère : Christophe Bigot, alors directeur Afrique, et Nicolas Roche, directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères de l’époque, Jean-Yves Le Drian.

Les raisons de cette rétention de documents restent inconnues. Sollicité par le journaliste, le Quai d’Orsay n’a pas répondu aux questions. L’enquête évoque toutefois plusieurs hypothèses, notamment des considérations politiques liées à la proximité historique entre la France et le Gabon, ou encore la possible implication de ressortissants français dans les événements.

L’une des plaintes déposées affirme en effet que trois Français membres de la sécurité présidentielle gabonaise se trouvaient au QG de Jean Ping lors de l’assaut. L’ancien directeur général du renseignement gabonais, Frédéric Bongo, qui possède également la nationalité française, est aussi mentionné dans la procédure.

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