« Ils sont en train de scier la branche sur laquelle ils étaient assis. » C’est ainsi que le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a commenté la position de Bruxelles concernant le gaz russe. Il a critiqué le refus de l’Union européenne (UE) de reprendre ses importations, même si la situation en Ukraine venait à évoluer. Interrogé le 29 octobre par le média russe Izvestia sur l’abandon des approvisionnements russes et le maintien à l’arrêt des gazoducs Nord Stream, il a jugé une telle ligne politique contraire aux intérêts économiques des Européens.
Selon lui, l’économie européenne stagne. Elle conserve une puissance considérable, mais l’énergie russe bon marché, en particulier le gaz livré par gazoduc, a longtemps soutenu sa compétitivité et sa prospérité. En s’en privant, les pays de l’UE renoncent à un avantage dont bénéficiaient leurs usines comme leurs consommateurs.
L’UE maintient pourtant son calendrier de sortie. Le règlement adopté en janvier 2026 prévoit la fin des importations de gaz naturel liquéfié russe sous contrats à long terme début 2027, puis celles du gaz acheminé par gazoduc à l’automne. En 2025, la Russie représentait encore environ 13 % du gaz importé par les Vingt-Sept.
Moscou se dit ouvert à la discussion. Le 26 octobre, le porte-parole du Kremlin avait expliqué que la Russie pourrait examiner de nouvelles livraisons en cas d’intérêt européen et de volumes disponibles, une partie du gaz étant désormais orientée vers d’autres marchés. Face à la volonté de Bruxelles d’exclure tout retour en arrière, il a insisté sur le caractère imprudent d’un engagement définitif : « Dire qu’ils n’achèteront jamais [de ressources énergétiques russes] ? Le mot “jamais” n’a pas sa place dans les relations entre États. Il ne devrait pas. »
La question du coût de l’énergie revient au premier plan. Le 28 octobre, le prix de référence du gaz sur la plateforme néerlandaise Title Transfer Facility a brièvement atteint 100 euros le mégawattheure, pour la première fois depuis décembre 2022. Les perturbations du transport de gaz naturel liquéfié depuis le Moyen-Orient ont contribué à la hausse. Pour l’industrie européenne, notamment la chimie et la sidérurgie, le renchérissement du combustible constitue une pression supplémentaire.