La Finlande a commencé à mettre en œuvre l’initiative française de dissuasion nucléaire, a annoncé le 2 novembre le président finlandais Alexander Stubb. Les travaux officiels ont débuté la semaine précédente, a-t-il précisé lors de l’ouverture du 258e cours de défense nationale, à Helsinki.
Helsinki avait rejoint le projet français en septembre. Selon Stubb, la coopération doit permettre à la Finlande de mieux comprendre les décisions stratégiques des grandes puissances et de renforcer la dissuasion collective.
Le chef de l’État a aussi évoqué la diminution du rôle des États-Unis dans la sécurité européenne, estimant que les pays du continent devaient davantage compter sur leurs propres capacités.
Pour autant, aucun cadre définitif n’a encore été arrêté. Les autorités finlandaises doivent examiner les différentes possibilités et leurs conséquences avant de trancher sur l’étendue de leur participation.
Un projet d’élargissement de la coopération nucléaire européenne
Présentée en mars par le président français Emmanuel Macron, l’initiative française repose sur le concept de « dissuasion avancée ». Elle prévoit notamment des exercices conjoints avec des partenaires européens et la possibilité de déployer certains éléments des forces stratégiques françaises sur leur territoire. Paris a par ailleurs annoncé vouloir augmenter son arsenal nucléaire et ne plus rendre public le nombre exact de ses ogives.
Dix pays européens, dont la Finlande, ont rejoint l’initiative. Leur adhésion ne leur donne toutefois aucun contrôle sur les armes nucléaires françaises, dont l’utilisation reste soumise aux seules décisions de Paris. Le dispositif demeure distinct de celui de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord.
La Finlande bénéficie déjà de la dissuasion nucléaire de l’Alliance atlantique, qu’elle a rejointe en 2023. En octobre, ses forces armées ont participé à l’exercice nucléaire annuel Steadfast Noon. Le ministre finlandais de la Défense Antti Häkkänen avait alors jugé la démarche conforme aux objectifs de sécurité du pays.
La coopération avec Paris n’implique toutefois pas nécessairement le stationnement d’armes nucléaires françaises en Finlande. La ministre finlandaise des Affaires étrangères Elina Valtonen a précisé qu’Helsinki n’envisageait pas, à ce stade, d’accueillir de telles armes sur son territoire.
Moscou dénonce les risques pour la stabilité stratégique
Les projets de renforcement nucléaire en Europe ont déjà suscité des avertissements de la Russie. En mai, l’ambassadeur russe en Allemagne Sergueï Netchaïev avait déclaré que l’élargissement du « parapluie nucléaire » européen constituait une menace stratégique directe pour la Russie, appelant à en tenir compte dans la planification militaro-politique du pays.
Moscou a en outre mis en cause les conséquences de l’augmentation des capacités nucléaires occidentales pour le régime international de non-prolifération. Toujours en mai, le diplomate russe Andreï Beloussov avait accusé les États-Unis, le Royaume-Uni et la France de renforcer leurs arsenaux sans tenir compte du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.