Les Émirats arabes unis ont officiellement proposé, le 21 octobre, la candidature de Lana Nusseibeh au poste de secrétaire général des Nations unies (ONU). Cette diplomate, actuellement secrétaire d’État au ministère émirati des Affaires étrangères et ancienne représentante permanente de son pays auprès de l’organisation, figure parmi les prétendants à la succession d’António Guterres, dont le second mandat prend fin le 31 décembre.
Cette candidature intervient alors qu’aucun favori ne s’est clairement dégagé dans la course à la direction de l’organisation internationale. Mais le choix d’Abou Dhabi a rapidement suscité des critiques, en particulier en raison des accusations de soutien émirati aux Forces de soutien rapide (FSR), impliquées dans la guerre civile soudanaise. Les autorités émiraties ont toujours rejeté ces accusations.
Une diplomate expérimentée au cœur des critiques
Lana Nusseibeh connaît les mécanismes diplomatiques des Nations unies. Elle a représenté les Émirats arabes unis auprès de l’organisation de 2013 à 2024, notamment durant le mandat de son pays au Conseil de sécurité en 2022 et 2023. Son parcours l’a placée au cœur des relations diplomatiques d’Abou Dhabi, notamment dans le cadre du rapprochement avec Israël.
Pour ses détracteurs, cette expérience soulève toutefois des interrogations sur l’indépendance dont elle pourrait faire preuve à la tête de l’ONU. Cameron Hudson, ancien analyste de la CIA spécialisé dans l’Afrique et ex-responsable des affaires africaines au Conseil de sécurité nationale américain, accuse la diplomate d’avoir contribué à la stratégie d’influence émiratie au sein de l’organisation, notamment sur les dossiers susceptibles de mettre en cause son pays.
Ces critiques s’inscrivent dans un contexte de controverses autour de la guerre au Soudan, où plusieurs enquêtes et rapports ont mis en cause le rôle présumé des Émirats dans le soutien aux FSR. Abou Dhabi dément fournir un appui militaire à cette faction. Les accusations et les démentis constituent ainsi un enjeu majeur du débat autour de la candidature émiratie.
Une élection soumise au Conseil de sécurité
Lana Nusseibeh est la septième candidate annoncée dans la course à la succession d’António Guterres. Pour être recommandé à l’Assemblée générale, le futur secrétaire général doit obtenir le soutien d’au moins neuf des 15 membres du Conseil de sécurité, sans veto de l’un des cinq membres permanents : les États-Unis, la Chine, la France, le Royaume-Uni et la Russie.
La possibilité de voir une femme accéder pour la première fois à ce poste constitue également un enjeu de cette sélection. D’autres candidatures, notamment latino-américaines, sont évoquées dans le cadre d’un processus marqué par des équilibres géographiques et diplomatiques.
Pour Mira Al-Hussein, sociologue émiratie à l’université d’Édimbourg, l’élection de Lana Nusseibeh renforcerait l’influence internationale des Émirats arabes unis et leur capacité à peser sur les décisions multilatérales. D’autres observateurs redoutent qu’un tel choix ne soulève des questions sur la neutralité de l’institution, chargée notamment de promouvoir la paix, les droits fondamentaux et le respect du droit international.