Une couverture de 150 kilos, en bronze, ornée d’or et de pierres précieuses : c’est l'objet dérobé au centre d’art contemporain d’Issoire, dans le Puy-de-Dôme. Réalisée par le peintre Salvador Dalí pour le Livre de l’Apocalypse, elle a disparu dans la nuit du 4 au 5 octobre. Le parquet de Clermont-Ferrand a confirmé le vol de cette « pièce exceptionnelle et unique » le 5 octobre et confié l’enquête à la section de recherches de la gendarmerie.
Qualifié d’« inestimable » par le maire d’Issoire, l’ouvrage pourrait être évalué à plusieurs millions d’euros.
Le collectionneur Christian Karoutzos, propriétaire du centre et de l’œuvre, s’est exprimé auprès d’ICI Pays d’Auvergne le 5 octobre. « On a assassiné la France cette nuit, on a assassiné le patrimoine français », a-t-il déclaré.
Un livre qui devait être vendu pièce par pièce
Christian Karoutzos avait acheté l’ouvrage en 2003. Les propriétaires japonais prévoyaient de le vendre en plusieurs lots. Ce rachat avait permis de préserver l’ensemble, après un long parcours à l’étranger : près de 150 expositions entre 1961 et 1972, puis un séjour en Suisse avant sa vente au Japon.
Le projet était né en 1958 à l’initiative de l’éditeur d’art Joseph Forêt. Il avait réuni 14 artistes et écrivains autour de l’Apocalypse de saint Jean, dont le peintre Bernard Buffet et les écrivains Jean Cocteau et Jean Giono. Trois ans de travail avaient été nécessaires. Le livre, achevé en 1961, n’existe qu’en un exemplaire.
Il rassemble 150 grands parchemins et quelque 95 000 lettres calligraphiées. Avec sa couverture, il pèse 210 kilos. L’écrin sculpté par Dalí, également décoré de coquillages, représente à lui seul 150 kilos. Lors de son acquisition en 2003, le collectionneur avait rappelé à l’Agence France-Presse (AFP) que le livre avait été évalué à deux millions de francs à sa création. À l’époque, il était considéré comme le livre le plus cher du monde. Il n’avait pas dévoilé son prix d’achat.
Au musée Renoir, cinq minutes entre l’alarme et l’arrivée des policiers
Le 8 septembre, deux hommes avaient pénétré dans le musée Renoir de Cagnes-sur-Mer et décroché quatre tableaux de l'artiste. L’alarme avait sonné à 5h48. À 5h53, la police municipale était sur place. Deux tableaux, abandonnés par les voleurs dans leur fuite, avaient été retrouvés aux abords du musée.
Après ce cambriolage, la ministre française de la Culture, Catherine Pégard, avait appelé les musées à appliquer sans délai des mesures de protection. Un fonds de 30 millions d’euros pour la sûreté des musées avait pourtant été annoncé dès juillet. Dans son communiqué du 8 septembre, le ministère reconnaissait que ces vols révélaient la vulnérabilité des collections et demandait de renforcer la vigilance.