Afrique

Tunisie-Italie : le projet Elmed entre dans sa phase opérationnelle

L'interconnexion électrique entre la Tunisie et l'Italie franchit une nouvelle étape avec l'attribution des principaux marchés de construction et l'avancement du volet de renforcement du réseau. Estimé à 1,42 milliard d'euros, le projet Elmed doit permettre des échanges d'électricité de 600 mégawatts entre les deux rives de la Méditerranée.

Longtemps resté au stade de la préparation, le projet d'interconnexion électrique entre la Tunisie et l'Italie entre progressivement dans sa phase de réalisation. En 2026, les deux principaux contrats portant sur les équipements de conversion et le câble sous-marin ont été attribués, tandis que les procédures de financement des infrastructures nécessaires au raccordement du réseau tunisien avancent.

Baptisé Elmed, ce projet est développé conjointement par la Société tunisienne de l'électricité et du gaz (STEG) et son homologue italien Terna. Il prévoit la construction d'une liaison électrique à courant continu à haute tension (HVDC), d'une capacité de 600 mégawatts (MW), entre le cap Bon et la Sicile. L'infrastructure s'étendra sur environ 220 kilomètres, dont près de 200 de câble sous-marin traversant le détroit de Sicile. Elle constituera la première interconnexion électrique en courant continu entre l'Europe et l'Afrique du Nord.

En juin 2026, la STEG et Terna ont attribué à l'entreprise suisse Hitachi Energy un contrat d'environ 770 millions d'euros pour la réalisation des deux stations de conversion. Celles-ci seront implantées à Mlaabi, dans la région de Menzel Temime, au gouvernorat de Nabeul, et à Partanna, dans la province italienne de Trapani, en Sicile.

Quelques jours auparavant, le groupe italien Prysmian avait reçu l'ordre de démarrage des travaux pour la réalisation du câble sous-marin, dans le cadre d'un contrat d'environ 460 millions d'euros. Les deux marchés représentent ainsi plus de 80 % du budget global du projet, désormais estimé à 1,42 milliard d'euros, selon une mise à jour publiée le 4 novembre par le cabinet tunisien AIUS, spécialisé dans l'ingénierie et l'accompagnement des projets énergétiques.

Un réseau tunisien à renforcer

La réalisation de la liaison maritime nécessite également des investissements dans le réseau électrique tunisien afin de permettre l'acheminement de l'électricité vers les stations de conversion. C'est l'objet de la deuxième composante du programme, baptisée Elmed II.

Celle-ci prévoit notamment la construction d'une ligne aérienne à haute tension de 400 kilovolts (kV), sur environ 85 kilomètres, entre Grombalia, dans le gouvernorat de Nabeul, et Kondar, dans celui de Sousse. Deux autres ensembles de lignes de raccordement sont prévus entre Ezzahra et Grombalia, ainsi qu'entre Seltene et Grombalia, pour une longueur cumulée d'environ 20 kilomètres. Au total, quelque 105 kilomètres de nouveaux circuits électriques sont programmés dans les gouvernorats de Nabeul, Ben Arous, Zaghouan et Sousse.

Pour financer cette composante, la Tunisie et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) ont signé, le 15 janvier 2026, un accord de financement et de garantie de 43 millions d'euros, soit environ 145 millions de dinars. Accordé à la STEG, ce prêt est remboursable sur 18 ans, dont cinq années de différé d'amortissement.

Le volet financier a franchi une nouvelle étape institutionnelle le 2 novembre. Le bureau du Parlement tunisien a transmis à la commission des Finances et du Budget le projet de loi n° 66/2026 portant approbation de la convention de garantie de cet emprunt, en demandant son examen en urgence. La procédure parlementaire doit ainsi permettre de formaliser la garantie de l'État tunisien.

Un enjeu énergétique et stratégique

Le financement d'Elmed repose sur la participation de plusieurs institutions internationales. L'Union européenne a notamment accordé une subvention de 307,6 millions d'euros dans le cadre du mécanisme pour l'interconnexion en Europe. La Banque mondiale contribue également au projet à hauteur de 268,4 millions de dollars, tandis que la BERD, la Banque européenne d'investissement (BEI) et l'institution allemande KfW participent à son financement.

Au-delà de sa dimension infrastructurelle, Elmed revêt un enjeu stratégique pour la sécurité énergétique tunisienne. La liaison fonctionnera dans les deux sens : elle permettra à la Tunisie d'exporter vers l'Italie et le marché européen l'électricité produite à partir de sources renouvelables, mais également d'importer de l'électricité en cas de déficit de production ou de tensions sur le réseau.

Cette interconnexion s'inscrit dans la stratégie européenne de diversification des approvisionnements énergétiques et dans les ambitions tunisiennes de développement du solaire et de l'éolien. La Tunisie s'est notamment fixé l'objectif de porter la part des énergies renouvelables à 35 % de son mix électrique à l'horizon 2030.

La concrétisation de cet objectif dépendra toutefois aussi du développement des capacités nationales de production renouvelable, du renforcement du réseau de transport et de la mise en place des règles nécessaires à la commercialisation de l'électricité entre les deux pays.

La mise en service d'Elmed est actuellement envisagée sur la période 2028-2030. Ce calendrier reste conditionné à l'avancement des travaux et des infrastructures terrestres indispensables à son fonctionnement.