Afrique

Les États-Unis annoncent l’exclusion de l’Afrique du Sud et du Rwanda de l’AGOA

Washington entend retirer à Pretoria et Kigali l’accès préférentiel au marché américain dès le 1er janvier 2027. Le représentant américain au Commerce Jamieson Greer a indiqué que les deux pays ne respectent plus les critères d’éligibilité de l’African Growth and Opportunity Act.

Les États-Unis ont officialisé le 2 novembre leur intention d’exclure l’Afrique du Sud et le Rwanda de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), l’accord qui permet à une trentaine de pays africains d’exporter des milliers de produits vers le marché américain sans droits de douane. La décision, notifiée au Congrès et aux deux gouvernements, prendra effet le 1er janvier 2027.

Des griefs distincts contre Pretoria et Kigali

« En se basant sur la revue annuelle, le président Trump a estimé que les gouvernements du Rwanda et de l’Afrique du Sud ont pris part à des pratiques qui ne respectent pas les critères d’éligibilité à l’AGOA », a déclaré le représentant américain au Commerce Jamieson Greer dans un communiqué. L’ambassade des États-Unis en Afrique du Sud a regretté « un résultat prévisible et évitable, découlant du rejet par le gouvernement sud-africain des véritables préoccupations soulevées par le gouvernement américain ».

L’Afrique du Sud, principal bénéficiaire du dispositif avec environ 1,7 milliard de dollars d’exportations sous l’AGOA en 2025 (pièces automobiles, agrumes, vins), est accusée de barrières au commerce et aux investissements américains, de corruption et de menaces aux intérêts de sécurité nationale et de politique étrangère des États-Unis. Washington évoque aussi la persécution des Afrikaners, accusation que Pretoria rejette.

Le ministre sud-africain du Commerce Parks Tau a déploré que les États-Unis soulèvent désormais « de nouvelles questions » absentes des négociations menées depuis 2025, malgré des concessions supplémentaires offertes par Pretoria.

Il a toutefois relativisé : l’AGOA reste important, mais ne représente pas l’ensemble de la relation économique bilatérale. Selon les données sud-africaines, seulement 10 % environ des exportations vers les États-Unis passaient par ce dispositif en 2025.

Côté rwandais, les critiques portent sur l’État de droit, le pluralisme politique, les droits des travailleurs, les droits de l’Homme, ainsi que sur des barrières tarifaires et des obstacles aux investissements.

Les relations se tendent depuis plusieurs mois, Washington accusant Kigali de soutenir militairement et financièrement le groupe armé Mouvement du 23 mars dans l’est de la République démocratique du Congo.

La Maison Blanche cherche parallèlement à finaliser un accord de paix dans ce conflit de plus de trente ans et la révision de l’AGOA s’intègre à une série de sanctions déjà prises.

Après le démantèlement de l’Agence américaine pour le développement international, les déclarations de l’exécutif témoignent des nouveaux rapports entre les États-Unis et l’Afrique. Un contraste saisissant quelques jours après le troisième Sommet Russie-Afrique réunissant des délégations de 48 États africains à Moscou.

L’AGOA, renouvelé jusqu’en 2028, reste soumis à une revue annuelle. L’exclusion constitue un levier de pression économique supplémentaire de Washington sur les deux capitales africaines.